Jeu d’enfant (1988)

Le genre de jouet qui rêve de nous posséder…

Le public des années 80 semblait être friand de film d’horreurs de qualité. Films qui, par leurs excellentes recettes et leur capacité à accoucher de possibles suites, se voyait élever au rang de saga. Mais ce qu’on a tendance à oublier quand on parle d’une saga, c’est le film original. Celui là même où tout a commencé et qui a permis de voir naître tout un pan de films plus ou moins réussis. Celle de Chucky fait partie du haut du panier, au même titre que Vendredi 13, Halloween et Les griffes de la nuit. Et tout comme ces autres franchises, les films originels sont quasiment exempts de cadavres.

Rien n’est épargné à l’enfant. Il va devoir trouver de la place dans son agenda pour des rendez-vous chez le psy.

La qualité de l’écriture et de la mise en scène suffisent à nous dresser les cheveux sur la tête. Tel que Christine, la Plymouth Fury de John Carpenter, Chucky est un bien matériel qui se verra possédé par une force occulte. Mais cette fois, le scénario s’attarde sur la provenance de cette possession avec un début qui ferait pâlir bon nombre de polars d’aujourd’hui (les eighties sont formidables !). Cette personnification d’un objet inanimé incarne à elle seule l’originalité du projet et l’angoisse de voir n’importe quelle chose prendre vie par la suite (je pense notamment au frigo dans Requiem for a dream qui m’a vraiment marqué étant jeune). Doigt d’honneur appuyé aux créateurs de jouets pour enfants, qui manipulent leurs esprit pour leur faire croire qu’acheter est pur et éducatif, Jeu d’enfant prend à bras le corps le sujet et sort de la mièvrerie une poupée star, principal phare aveuglant la candeur de mioches nourris aux publicités.

Regardez l’innocence et la gentillesse qui se dégage de ce regard. Qui ne voudrez pas d’une poupée pareille ?

Piochant allègrement dans la culture mystique étrangère (pour les incantations) et les légendes urbaines américaines (pour le portrait psychologique du serial killer), Jeu d’enfant n’est pas qu’un simple film d’horreur infanticide de bas étage. Le réalisateur Tom Holland (également co-scénariste) prend son temps pour développer le personnage de la poupée, le premier meurtre n’intervenant qu’en suggestion et au bout d’un certain temps. Il préfère distiller les moments de tension afin d’alimenter notre peur panique de voir surgir à l’écran le visage poupin et diabolique de Chucky. Élevé au rang de mythe par des réapparitions sans cesse plus incroyables (le final est grandiose), la poupée de sang assis son statut de tueur magnifique aussi bien chez les producteurs que chez le public, cramponné à l’accoudoir de son canapé.

A quoi servent les images concrètes lorsque l’imagination du spectateur est encore plus forte que celle du scénariste ?

Dernier porte-parole d’un genre depuis longtemps perdu (Souviens-toi l’été dernier et Destination finale n’ont jamais réussis à garder un public fidèle), Jeu d’enfant annonçait déjà son entrée dans le 7ème art de manière fracassante, déstabilisante et horriblement flippante. Du caviar !

8,5/10

Publicités
Tagué , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :