Narc (2002)

Le chemin de la rédemption peut être long et douloureux.

Joe Carnahan m’avait impressionné par sa faculté à dépeindre l’âme humaine (Le territoire des loups reste l’un de mes films préférés vu cette année). Il avait l’air encore plus à l’aise lorsque celle ci était torturée par un passé. Du coup, j’ai eu l’envie de découvrir son premier film qui trifouillait les faiblesses et les failles de l’être humain. (Blood & Bullets n’étant qu’une récréation, à l’instar de L’agence tous risques). Sec, nerveux, brutal et froid, Narc fleure bon la corruption, les coups bas et les méthodes expéditives. Mais ce que le cinéaste cherche avant tout à mettre en évidence, c’est que chacun a des cordes sensibles qu’il est parfois dangereux de faire vibrer.

Le flic a beau être une figure d’autorité, il n’en reste pas moins qu’un coeur bat sous cette armure.

Profondément humaniste sous ses airs de polar rural violent (la poursuite d’ouverture en shakycam fout la gerbe), le film n’oublie jamais de développer la psychologie de ses personnages, détournant l’aspect cliché du film à enquêtes par des procédés astucieux (le split-screen montrant 4 interrogatoires différents en même temps est génial et nous fait économiser 20 minutes de films). Derrière l’aspect bourru et cro-magnon du personnage de Harry Oak (Ray Liotta physiquement imposant !), Carnahan souligne qu’à mains froides, coeur chaud et qu’un flic de terrain voit tellement de choses qui le dépasse que sa conscience et sa raison sont obligés de choisir un endroit douillet où aller se pelotonner en cas de crise.

Les couleurs froides, sombres et automnales rappellent la sécheresse du scénario.

C’est cette même conscience qui refait surface à la mort du coéquipier de Oak qui, épaulé par Nick Tellis, un inspecteur sur la pente descendante après une bavure sous couverture, va chercher à réparer sa faute en cherchant à sauvegarder l’image intègre du policier mort dans l’exercice de ses fonctions. L’enquête, en plus d’en apprendre de bonnes sur le fonctionnement du système judiciaire américain, permet la confrontation entre deux bourreaux de travail que tout oppose. L’un est dans la retenue et la force de persuasion, l’autre agit et ne laisse jamais la place à la réflexion (la scène où Oak cherche à retourner dans le hangar est symbolique).

Le cerveau et les muscles, une métaphore personnifiée par des acteurs impliqués.

Malgré tout ces bons éléments, Narc sombre légèrement dans le pathos facile (la scène où Harry parle de sa femme à Nick), malheureusement pas aidé par un twist, certes surprenant et inattendu (comme devrait l’être tous les twist d’ailleurs) mais dénué de noirceur, laissant certes apparaître une lueur d’espoir mais faisant perdre une partie de l’atmosphère qu’il avait eu tant de mal à installer. Ça reste tout de même un excellent polar et l’un des derniers à être empreint d’un tel amour pour ses personnages blessés, ses hommes affaiblis par la vie et qui trouvent dans leur boulot une manière de s’autodétruire.

7/10

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