Le locataire (1976)

Être agent immobilier à Paris devait être difficile dans les années 70…

Le Polanski des débuts était vraiment un sacré diable pour nous pondre des oeuvres aussi puissantes, malsaines et intelligentes. Rosemary’s Baby flirtait déjà pas mal avec le thriller et le fantastique mais ce Locataire, à la tension creshendo, est un véritable miroir de la personnalité de tout un chacun en plus d’être le reflet de l’éventail des talents du cinéaste. Endossant le rôle du personnage principal, Roman Polanski ne délaisse jamais sa réalisation, soignée jusqu’à la dernière minute. Une manière perfectionniste de garder un contrôle total sur l’adaptation du roman.

L’âme et son reflet, un élément qui apporte une portée psychanalytique au thriller.

Métaphore diabolique de la double personnalité (par le reflet du miroir et l’aspect schizophrénique de la relation locataire/propriétaire), le film instille une atmosphère pesante et anxiogène entre les différents locataires de l’immeuble, allant jusqu’à créer un sentiment de paranoïa contagieux chez le personnage principal et le spectateur. Les plans sont choisis de telle manière à ce qu’ils montrent toujours le mauvais aspect de chaque intervenant. La dernière partie, mêlant comique burlesque (le travestissement) aux peurs enfantines (le changement facial des personnages), transforme le film en un théâtre de marionnettes  le protagoniste croyant n’être que le pantin d’une machination diabolique cherchant lui nuire.

Les contres plongées des personnages âgés ont tôt fait d’accentuer le malaise et la paranoïa équivoque du fameux locataire.

Partant du constat simpliste que l’être humain n’est qu’une enveloppe de chair dans laquelle n’importe quelle âme pourrait s’y enfermer, il est facile de se rendre compte du cours que prend l’intrigue. Le personnage de Trelkovsky ne fait pas qu’emprunter l’appartement mais il loue également toute la personnalité de l’ancien résident. De là, le cycle ne peut qu’être fatal et se répéter sans fin, ce que met bien en évidence Polanski par cette scène finale absolument dérangeante du reflet mutique. La haine de l’étranger mêlé au huis-clos psychologique que représente la part fantastique et kafkaïenne du récit font du Locataire un film absolument unique et terrifiant.

9,5/10

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