Thirst (2009)

L’amour a des frontières que le commun des mortels n’atteindra jamais.

Après une trilogie de la vengeance en demie teinte (un Sympathy for Mr Vengeance intéressant, un Old Boy surpuissant et un Lady Vengeance terriblement chiant), Park Chan-wook replonge en pleine noirceur avec cette histoire d’amour dramatico-fantastique. Film de vampire s’il en est, Thirst est à mille lieux de ce qu’on peut espérer. Jonglant un peu trop avec la religion pour en faire sa figure de rhétorique principale, le cinéaste se perd dans ses personnages tourmentés et les ridiculise au détour de certaines scènes (notamment les scènes de préliminaires). Les transformant en bêtes, modifiant ainsi la figure romantique qu’il s’évertue à peaufiner par des plans d’une justesse incroyable (même s’il faudrait lui dire que les dialogues n’ont pas besoin d’être mouvants) et par des relations sexuelles filmées de main de maître (les orgasmes procurent un frisson au spectateur), le cinéaste cherche à déconstruire le mythe du nyctalope aux dents longues tout en voulant garder certains clichés inhérents au personnage (la fin, aussi belle soit-elle, est attendue). Et ça ne se fait pas sans danger.

Ceci est mon sang, livré pour vous…

Ce qui est intelligent par contre, c’est cette romance inhabituelle où les deux créatures de Dieu, faites de chair et de sang, ne peuvent rejoindre que l’enfer lorsqu’ils tournent le dos au paradis. Le prêtre, s’obstinant à vouloir bien faire, ne fait qu’accentuer la colère de sa compagne qui, peste qu’elle est (leur différence d’âge étant assez choquante au début), s’acharne à répandre la mort autour d’elle, amenant l’être aimé à la rejoindre. Cette noirceur est omniprésente par l’intermédiaire des dialogues, de l’humour et des actes immoraux. Le fait de devenir un vampire constitue-t-il en soi un besoin de changer de personnalité et d’oublier tous ses principes ? Les deux amants,diamétralement opposés dans leurs convictions, sont les deux faces d’une même pièce, leurs ébats n’en étant que plus passionnés.

– « Ma chérie, j’espère que t’as pris tes lunettes. Ça va cogner aujourd’hui. »

Plastiquement irréprochable (les giclées de sang sur fond blanc sont d’un lyrisme à toute épreuve), très peu gore, Thirst se déguste comme un bon vin. Il prend son temps, fleure bon le romantisme gothique mêlé aux histoires de fantômes et malgré son goût somptueux, laisse la langue un peu râpeuse et la bouche pâteuse. On aurait tort de passer à côté mais il ne donne pas envie d’y revenir.

7/10

Publicités
Tagué , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :