Archives Mensuelles: novembre 2012

Un remède à la mélancolie – Ray Bradbury (1961)

La recette idéale pour les jours de pluie à broyer du noir.

Jamais pessimistes mais toujours teintées d’une déprime sourde, les nouvelles de Bradbury sont tout autant de contes poétiques et fantastiques, mêlant le quotidien le plus ennuyeux à des renversements imaginaires des plus oniriques. Même si la qualité n’est jamais la même, elle est au rendez-vous lorsqu’il s’agit de nous faire croire aux situations les plus rocambolesques, à nous émouvoir de la plus pure des manières (sur des nouvelles de quatre pages, une larme peut nous échapper) ou à nous faire rêver de paysages merveilleux mais inatteignables. Les personnages sont tous attachants, du plus innocent des enfants au plus grognon des vieillards. Certaines font écho à des instants universels de la vie de tous les lecteurs, permettant une identification encore plus certaine qu’au cinéma, la foule de détails cohérents en plus. La ville où personne n’est descendu vient titiller notre part d’ombre, Le sourire joue sur notre faculté à admirer la beauté, Le dragon est la plus hilarante des histoires jamais contée à un enfant, Ils avaient la peau brune et les yeux dorés joue sur le terrain de prédilection des meilleurs auteurs de science-fiction, sans jamais avoir la prétention de renouveler le genre mais apportant vaillamment sa pierre à l’édifice. Bref, un recueil à posséder aux histoires toutes plus originales les unes que les autres et qui montre le talent incommensurable de son auteur.

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Jeu d’enfant (1988)

Le genre de jouet qui rêve de nous posséder…

Le public des années 80 semblait être friand de film d’horreurs de qualité. Films qui, par leurs excellentes recettes et leur capacité à accoucher de possibles suites, se voyait élever au rang de saga. Mais ce qu’on a tendance à oublier quand on parle d’une saga, c’est le film original. Celui là même où tout a commencé et qui a permis de voir naître tout un pan de films plus ou moins réussis. Celle de Chucky fait partie du haut du panier, au même titre que Vendredi 13, Halloween et Les griffes de la nuit. Et tout comme ces autres franchises, les films originels sont quasiment exempts de cadavres.

Rien n’est épargné à l’enfant. Il va devoir trouver de la place dans son agenda pour des rendez-vous chez le psy.

La qualité de l’écriture et de la mise en scène suffisent à nous dresser les cheveux sur la tête. Tel que Christine, la Plymouth Fury de John Carpenter, Chucky est un bien matériel qui se verra possédé par une force occulte. Mais cette fois, le scénario s’attarde sur la provenance de cette possession avec un début qui ferait pâlir bon nombre de polars d’aujourd’hui (les eighties sont formidables !). Cette personnification d’un objet inanimé incarne à elle seule l’originalité du projet et l’angoisse de voir n’importe quelle chose prendre vie par la suite (je pense notamment au frigo dans Requiem for a dream qui m’a vraiment marqué étant jeune). Doigt d’honneur appuyé aux créateurs de jouets pour enfants, qui manipulent leurs esprit pour leur faire croire qu’acheter est pur et éducatif, Jeu d’enfant prend à bras le corps le sujet et sort de la mièvrerie une poupée star, principal phare aveuglant la candeur de mioches nourris aux publicités.

Regardez l’innocence et la gentillesse qui se dégage de ce regard. Qui ne voudrez pas d’une poupée pareille ?

Piochant allègrement dans la culture mystique étrangère (pour les incantations) et les légendes urbaines américaines (pour le portrait psychologique du serial killer), Jeu d’enfant n’est pas qu’un simple film d’horreur infanticide de bas étage. Le réalisateur Tom Holland (également co-scénariste) prend son temps pour développer le personnage de la poupée, le premier meurtre n’intervenant qu’en suggestion et au bout d’un certain temps. Il préfère distiller les moments de tension afin d’alimenter notre peur panique de voir surgir à l’écran le visage poupin et diabolique de Chucky. Élevé au rang de mythe par des réapparitions sans cesse plus incroyables (le final est grandiose), la poupée de sang assis son statut de tueur magnifique aussi bien chez les producteurs que chez le public, cramponné à l’accoudoir de son canapé.

A quoi servent les images concrètes lorsque l’imagination du spectateur est encore plus forte que celle du scénariste ?

Dernier porte-parole d’un genre depuis longtemps perdu (Souviens-toi l’été dernier et Destination finale n’ont jamais réussis à garder un public fidèle), Jeu d’enfant annonçait déjà son entrée dans le 7ème art de manière fracassante, déstabilisante et horriblement flippante. Du caviar !

8,5/10

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Rengaine – Rachid Djaïdani

Le « réalisateur » a l’intelligence de mettre « conte » au lieu de « film ». Au moins, il se mouille pas…

Flash spécial: le jury de Cannes aurait-il été victime d’un complot sans précédent dans l’histoire du festival ? Certains auraient-ils été menacés d’être traités de conservateurs s’il ne primait pas Rengaine ? Le cinéma peut et doit se renouveler, à grand renfort d’idées. Mais ça n’est pas en faisant un grand pas en arrière et en torchant un docu-fiction (qui se dit film) plus mal tourné qu’un film de vacances Amish qu’on va y arriver. J’en ai vu des daubes dans ma vie. Mais mêmes si les films étaient nuls, ils avaient au moins le mérite de prétendre à une réalisation passable.

Les pauvres acteurs principaux ont grillés leur carrière avant même de la commencer.

Le point positif, c’est que je ne verrai plus jamais le cinéma comme avant. D’une part car je vais revoir à la hausse tous les mauvais films sur lesquels j’ai pu dire du mal. D’autre part, je suis content qu’on donne une telle chance à un manque de talent aussi probant car ça laisse une chance à d’autres,beaucoup plus méritants. Rachid Djaïdani cherche à faire un cinéma vérité touchant, accumulant des centaines de rushes et les collant les uns aux autres dans une sorte de rythme bordélique. On ne comprend jamais où il veut en venir. Il y a bien une certaine notion de la différence de religions au coeur même d’un communautarisme minoritaire urbain mais il est tellement démontré avec les pieds qu’on en rigole.

Pour qui avait déjà peur de fréquenter les banlieues, une heure de Rengaine suffit à vous vacciner d’y mettre les pieds.

Il se tire une balle dans le pied à chaque scène. Lorsqu’il tente d’échapper aux clichés en prônant la liberté de penser, il retombe de plus haut dedans en nous montrant des jeunes mal fagotés, très violents entre eux (ce qui implique qu’ils sont violents avec les inconnus) et adeptes du mono centrisme culturel. Bref, une jeunesse délinquante, déliquescente et déshumanisée pour le plus grand bonheur des électeurs du front national (du moins ceux qui ont franchi le pas d’aller voir le film en salles). Quand je pense à tous ces films qui ont traités le sujet avec un tel brio et qui sont restés méconnus en France (Et maintenant, on va où ? est un véritable chef d’oeuvre de démonstration du conflit identitaire chrétien/musulman), je suis ébahi de voir une telle hypocrisie prétentieuse de la part du jury cannois.

On pourra dire ce qu’on veut mais je sais dire avec exactitude combien de poils cet acteur a dans le nez…

Rengaine est une insulte au cinéma dans sa forme la plus pure: ça mélange zooms et gros plans (mais attention, pas du zoom de merde hein), flous (qui n’ont rien d’artistiques si ce n’est se mêler à celui du scénario), caméras à l’épaule chevrotantes, mouvements saccadés. On a l’impression d’être en caméra cachée durant une planque de la police dans les quartiers Nord de Marseille. C’est gerbant au possible et ça dure 1h15. J’ai quand même fait l’effort de tenir 1h00 pour me forger un avis bétonné et avant que vous me traitiez de mauvaise langue,je vous met au défi de faire mieux. Allez, moi je retourne voir Polisse, ça c’est un film vérité qui brasse dix idées à la minute avec brio.

0,5/10

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Timer (2009)

Et vous, saurez-vous être patient ?

Je suis particulièrement fan de ce type de film qui mêle plus ou moins brillamment fantastique et comédie dans notre quotidien (Un jour sans fin, Click,…). Pour Timer, il faudrait plus parler de moins. Bien que l’idée de base soit excellente (un chrono implanté à notre poignet nous indique l’heure exacte de la rencontre de l’âme soeur), le film survole à certains moments la question que tout le monde se pose à savoir: si l’on connait l’heure exacte de cette rencontre, est-ce que ça n’influe pas entièrement sur le cours de notre vie ? De ce fait, la rencontre ne peut jamais avoir lieu car nous savons qu’elle aura lieu. C’est la théorie de la chose qui change quand on la regarde.

Pour le scénariste du film, l’âge légal pour connaître l’amour est 18 ans. Âmes prudes et conservatrices, vous pouvez y aller les yeux fermés

Hormis cet aspect de pure aveuglement pour le côté philosophique du thème abordé, l’aspect comédie passe plutôt bien. Même si on est loin d’atteindre le cotât de rire espéré pour satisfaire le bon public que je suis, certaines situations nous permettent de nous replonger dans le souvenir de notre premier amour et de se poser la question cruciale de savoir si celle qui regarde le film à nos côtés aurait fait sonner notre Timer.

5,5/10

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Paprika (2006)

Le fantasme et le rêve sont toujours étroitement liés…

…jusqu’à ce que l’un ou l’autre décide de s’ancrer définitivement dans notre perception de la réalité. C’est ce que Satoshi Kon, le créateur de ce petit bijou onirique et mélancolique qu’est Paprika, est cherché à mettre en images. Et quelles images ! Les dessins sont fabuleux et le niveau de détail est ahurissant. C’est une explosion de couleurs et de formes à chaque plan (notamment durant les scènes où l’on aperçoit la fanfare).

Les multiples personnalités des sujets traités ne sont qu’une variante d’un seul et même rêve.

A l’instar d’Inception quelques années plus tard, les êtres humains ont réussis à mettre la main sur les rêves. Plus précisément, une poignée de scientifiques est en mesure de les enregistrer pour analyse futures, voire même de les contrôler et d’entrer dans certains d’entre eux. Paprika est l’une de ces guides oniriques et se contente de dresser un bilan psychologique grâce à ce qu’elle voit et ce que le sujet ressent. Mais une telle technologie n’est pas sans laisser planer une nouvelle forme de menace si elle tombe entre de mauvaises mains.

Les allées et venues entre rêve et réalité sont déstabilisantes à plus d’un titre.

Mature aussi bien dans son propos que dans le développement de ses personnages, le manga est un vrai shaker d’idées farfelues. Richement illustré (le début est une vraie claque d’animation), on en revient toujours au même chez les meilleurs mangakas, soit la destruction du monde connu et la création d’un nouvel ordre mondial (Akira, 20th Century Boys,…). Le méchant ressemble étrangement au Dr. Manhattan présent dans Watchmen, autant par son physique que par sa classe sociale.

Le souci du détail est grisant et démontre que Satoshi Kon est un véritable perfectionniste.

Thriller fantastique teinté d’humour et de déclarations passionnés au 7ème art en général (Kon s’identifiant au personnage du commissaire), il est flippant de constater qu’un tel jardin secret puisse être violé d’une manière aussi brutale et cruelle, les rêves n’étant ni plus ni moins que le refuge ultime de notre imaginaire face à la fatalité de la vie. Aussi coloré qu’il soit, Paprika broie du noir.

7,5/10

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