Je suis une légende – Richard Matheson (1954)

Matheson est un auteur de science-fiction à classer parmi les plus grands.

C’est la claque de Duel de Spielberg (sur un scénario original de Matheson) qui m’a donné envie d’en découdre avec ses romans. Mais je n’avais jamais eu l’occasion d’en lire un. C’est donc chose faite avec son multi-adapté Je suis une légende qui suit la vie d’un survivant en quête de réponse et de compagnie. De ce que j’ai pu voir, aucun des trois films ayant pioché dans le roman (respectivement The Last Man On Earth, Le Survivant et Je suis une légende) n’ont su garder intégralement la fibre qui fait du livre une oeuvre imprégnée d’un fort sentiment de solitude et de découragement. Pessimiste à outrance, la lecture ne renoue jamais réellement avec l’espoir. Et lorsqu’elle le fait, c’est juste pour reculer afin de mieux sauter dans le précipice de l’abandon.

Dans le film de Francis Lawrence, le chien est présent tout au long du film. Dans le roman, seul un chapitre sur 21 lui est destiné.

Les vampires et le mythe qui les poursuit a été vidé de sa substantifique moelle au cours des décennies. Depuis le Dracula de Bram Stocker, le nyctalope assoiffé de sang a gagné une image romantique indéfectible. Le défi de Matheson était justement d’aller au devant de ce cliché afin de mieux le comprendre et le détourner. Aussi, il se livre à l’exercice de l’ail et de la croix dès le début pour, par la suite, se diriger vers une théorie scientifique et plus terre-à-terre. Le personnage de Robert Neville va vite se rendre compte que les préjugés qu’il a sur les vampires vont trouver une explication rationnelle. Et c’est ce recours à la raison et à la science qui lui permettront de rester en vie aussi longtemps que possible.

L’atmosphère de The last of us (et plus récemment du jeu I am alive) est très largement empruntée à l’univers visuel décrit par le romancier.

L’horreur du roman ne provient pas tant de la présence de vampires mais de leur faculté à s’adapter à leur environnement, comprendre leurs forces et leurs faiblesses et profiter de leur supériorité afin de ne plus devenir essentiellement des créatures nocturnes mais également diurnes. Le titre prend tout son sens lorsque Neville apprend, par l’intermédiaire d’un membre de la nouvelle société ayant vu le jour sous le joug de la population vampirique saine d’esprit (les non-morts), qu’il est véritablement le dernier homme sur Terre. Et que son existence, remettant ainsi en cause la sécurité des nouveaux citoyens ainsi que la raison d’être de cette nouvelle société autoproclamée, doit prendre fin. C’est par cette mort qu’il entrera définitivement dans la légende. Une renommée posthume qui le fait sourire alors que le lecteur a les yeux exorbités devant tant de pessimisme face à une telle situation.

Tous les plus grands huit-clos horrifiques lui doivent une fière chandelle.

Je suis une légende aura largement influencé l’imaginaire collectif, de Romero (La nuit des morts vivants) à Miller (Mad Max), l’univers post-apocalyptique étant une source linéarisable de possibilités pour les plus imaginatifs d’entre nous. En tout cas, Richard Matheson est, quand à lui, définitivement entré dans la légende.

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