Archives Mensuelles: octobre 2012

Moon (2009)

La solitude a enfin une planète.

Ambiance déprimante, couleurs inexistantes, boulot démotivant et planète éloignée. Moon n’a rien de l’attirante carte postale. Les cratères de la Lune sont les seules imperfections visibles d’un plan parfaitement huilé. La société Lunar Industries a trouvé dans le sol lunaire de quoi pérenniser l’énergie consommée par les habitants de la Terre. D’un sous-teste écologique flippant (il faut voir les moissonneuses défoncer le sol lunaire pour se rendre compte de l’avidité de l’être humain), Duncan Jones s’offre un premier film digne de ceux des plus grands (on pense notamment à THX-1138 pour l’aspect expérimental).

Quoi de mieux que soi même et une intelligence artificielle pour partager trois années de dure labeur ?

Pas de fioritures musicales et de grandes envolées lyriques dans la bande son à la manière d’un Kubrick, toute la finesse se joue dans un scénario tissé au fil d’or. De multiples fins alternatives nous viennent à l’esprit au fur et à mesure que le canevas de l’intrigue se mette en place et nous laisse apercevoir toute l’horreur du projet et la bassesse de l’être humain et, plus particulièrement, des dirigeants de multinationales). Sam Rockwell tient à lui seul la réussite d’un tel film sur ses épaules: tout en humanité, la multiplication de ses points de vues est permise par le biais du clone, figure préférée des écrivains de science-fiction.

Les plans en extérieur sont particulièrement réussis et terriblement angoissants et oppressants.

Permettant de dresser un double portrait de la société en plus d’introduire un aspect paranoïaque à l’ensemble du film, le double actorat est une évidence pour pallier à un budget faible, laissant ainsi toute indépendance au projet qui gagne en singularité. De plus, cela permet de ne pas y aller avec le dos de la cuillère envers les grosses sociétés qui se préoccupent davantage du rendement que de l’employé qui permet un tel rendement. Il n’y a pas de petit profit et ça, Duncan Jones l’a bien compris. L’humain est une machine comme les autres pour les grands ce ce monde.

8,5/10

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Scott Pilgrim vs the World (2010)

Un véritable rêve éveillé de geek !

Comment a-t-on pu accoucher d’un tel OVNI et qu’il passe quasiment inaperçu en salles ? Le public était trouvé d’avance car c’est à tout un pan de joueurs invétérés que le chef d’oeuvre d’Edgar Wright s’adresse. Et Dieu sait qu’ils sont nombreux à chercher depuis des années un minimum de reconnaissance dans des adaptations de jeux vidéos toutes plus ridicules les unes que les autres. Scott Pilgrim vs the World s’adresse avant tout aux nostalgiques de la Super Nes, à ceux qui tremblent d’excitation manettes en main, à ceux pour qui la Game Boy a trôné fièrement sur leur table de chevet durant toute leur enfance. Ces anciens enfants sont devenus adultes et Edgar Wright est fier d’en faire partie et d’être leur porte-parole.

La mise en scène est originale et survoltée, faisant preuve d’une inventivité débordante.

Car il ne fait pas que s’accaparer toute la culture du jeu vidéo pour nous la ressortir au détour de quelques clins d’oeils stratégiquement placés. Elle s’intègre parfaitement dans son récit et sa narration et ponctue le film entier de son rythme épileptique, de ses couleurs chatoyantes, de ses sons et ses musiques 16-bits. Le jeu vidéo est au coeur même de l’intrigue, déployant ses ailes poussiéreuses pour nous faire réaliser que certains jeux font toujours partie de notre inconscient. Un thème de Zelda entendu par ci, un son propre à l’univers de Mario par là, une baston à la Rival Schools, une réplique d’un Final Fantasy. Tous ces éléments posent les bases de l’adaptation et transparaissent à l’écran de manière absolument géniale.

Le réalisateur n’oublie pas qu’il touche à un comic book, glissant subtilement quelques onomatopées propres à la BD.

Le lyrisme de certaines scènes conjugués aux couleurs acidulées et aux mouvements de caméra complètement fous donnent une véritable identité au bébé du cinéaste. On se délecte de l’imaginaire d’un véritable hardcore gamer poussé à son paroxysme, une caméra à la main et des milliards d’idées en tête. Scott Pilgrim vs the World aurait pu être une comédie romantique complètement niaise (ce qu’elle peut paraître aux premiers abords pour le novice), elle gagne d’autant plus d’intérêt que cette histoire d’amour est véritable et que la représentation que l’on peut s’en faire étant ado n’est pas si éloignée que celle du personnage incarné par un Michael Cera, hilarant en musicien amorphe. L’amour fait battre les coeurs et donne des ailes et c’est grâce à Ramona (Mary Elizabeth Winstead au charme impossible) que Scott se prouvera qu’il n’est pas qu’un simple raté.

L’amour est un carburant qui peut nous emmener loin. Très loin…

Hymne à l’espoir, à l’amour, véritable cri du coeur d’un geek absolu, le film se veut représentatif de toute une génération et il y parvient par une force de persuasion irréprochable et une mise en scène surgonflée en adrénaline (les combats sont d’une maîtrise !). Un bijou de divertissement qui garde une véritable candeur malgré le traitement adulte du support, nous rappelant sans cesse qu’il n’est question que de volonté et d’acharnement lorsqu’on a un projet en tête.

10/10

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Astérix & Obélix: au service de Sa Majesté – Laurent Tirard

Une chance dans mon malheur: Luchini était de la partie.

Parti pour voir Dans la maison, je me retrouve nez à nez avec l’écran indiquant le nombre de places. 12 ! Sachant pertinemment que j’allais me retrouver au premier rang avec un mal de crâne carabiné et une nuque douloureuse, je me suis rabattu sur la première séance venue. Ça n’est pas que je fuis les adaptations de la fameuse bande dessinée. C’est juste que je ne pense pas qu’on puisse faire mieux que Mission Cléopâtre. Et j’avais raison.

« I’ve got a ticket to ride ! »

Même si on est quand même assez proche, Au service de Sa Majesté n’en reste pas moins en deçà du haut du podium. Mais est-ce que la seconde position est enviable lorsqu’on voit le niveau des autres adaptations ? Mixant adroitement Astérix et les Normands (que j’avais eu pour mon anniversaire étant jeune et que je connais par coeur) et Astérix et les Bretons, le film se prête à la pantalonnade (un coup d’oeil à Depardieu m’interdit de faire cette blague paraît-il…) et aux rires gras, un peu bêtes, dont on a honte mais qui rejoignent le collectif et qui passent inaperçus dans la salle obscure.

Le film se permet un clin d’oeil sympathique à 300 et sa fameuse scène de massacre montagneuse.

L’aspect BD est conservé tout au long du film avec des plans assez bien torchés, des envolées de personnages cartoonesques et des répliques reprises mot à mot des albums d’origine (surtout pour les répliques d’Obélix, Edouard Baer faisant preuve d’une verve bien connue pour se prêter aux monologues). Le César incarné par un Luchini en pleine forme fait plaisir à voir et permet d’oublier ce pourquoi j’étais venu à la base. Si je peux vous conseiller une seule et unique chose: n’emmenez plus vos enfants voir ce genre de films au second degré adulte sous peine de les retrouver éviscérés dans la visionneuse du film (je n’ai jamais autant entendu de « Pourquoi il fait ça ? » déclamés à voix haute).

6,5/10

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Skyfall – Sam Mendes

Le James Bond le plus jouissif de la période Craig !

D’une part parce qu’on a non pas une mais deux James Bond girls et d’autre part car Sam Mendes réussit le pari de mélanger le plus de genres possible dans un seul et même film: espionnage paranoïaque, thriller tendu, film d’action nerveux, vigilante et même survival ! Les fans de l’agent 007 ne pourront qu’être conquis par cette panoplie de changement de rythmes, tous incrémentés les uns dans les autres pour obtenir le plus romanesque et cependant le plus visuel des James Bond. Pour les 50 ans de l’agent secret britannique, l’équipe du film a opéré un véritable tournant dans la saga. Prisme temporel, kaléidoscope de ce que Ian Fleming a inventé de mieux (ce mot m’est venu à l’esprit en observant le générique), Skyfall n’est ni plus ni moins qu’un film rassembleur, renouant avec l’esprit des premières aventures du héros jusqu’à la période plus noire, plus humaine, incarnée par Daniel Craig.

La part d’ombre et de mystère entourant l’agent 007 est davantage mise en avant et sert habilement le récit.

Que les inconditionnels de la saga ne se fassent pas de mauvais sang, Sam Mendes assure niveau action, enterrant presque tout ce qui a été fait auparavant par une utilisation magistrale du rythme, de la caméra et des aptitudes de l’acteur. C’est simple, on croirait voir un épisode de Die Hard filmé par McTiernan (la scène du manoir !). Au passage, le méchant est l’un des plus charismatiques que j’ai vu au cinéma, complètement cintré mais terriblement intelligent (Javier Bardem a le don d’enfanter des salopards de première). Le réalisateur d’Away We Go et d’American Beauty n’est donc pas en reste pour nous pondre un cocktail détonnant, mixant habilement les meilleurs ingrédients possible afin que le goût nous reste en bouche un sacré bout de temps.

La classe, l’élégance, le raffinement: on est loin du bling bling des précédentes productions.

Un Bond dans le passé est nécessaire pour comprendre la finalité de Skyfall: Mendes détruit toutes les fondations bâties jusqu’alors, récupère les matériaux les plus solides et reconstruit le mythe. Risqué mais payant. On nous ressort donc l’Aston Martin chère à double zéro, les passages à Istanbul (Sean Connery et Pierce Brosnan ont déjà foulés le sol de la capitale turque), la jeunesse de Bond, Moneypenny et j’en passe et des meilleures. On a l’impression de vivre la création d’une légende, création par la déconstruction et le remodelage. Daniel Craig n’a jamais semblé aussi à l’aise dans les chaussures vernies de l’agent 007. Le renouveau a du bon, surtout lorsqu’on se frotte à une saga vieille de 50 ans. Il était grand temps de dépoussiérer tout ça.

Loin d’être rouillé, les 50 bougies de James Bond se soufflent à grands renfort d’explosions.

Salle comble, excitation palpable, Skyfall prouve que l’agent secret le moins secret du monde a encore de beaux restes et de beaux jours devant lui. Espérons que Mendes occupe le poste de réalisateur pour un petit moment car il a su allier parfaitement les désirs du public au cahier des charges de la production, sans pour autant faire fi de son style visuel imparable (ça sent le soin clinique qui était déjà apporté à la mise en scène des Sentiers de la perdition). On en redemande encore !

9/10

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Planète rouge (2000)

C’est pas la meilleure des campagne de pub pour Mars que j’ai vu…

Des films de colons spatiaux, y’en a déjà eu une flopée, tous plus ou moins réussis. Mais celui-ci a le mérite de vouloir brasser énormément d’idées à la fois, sans jamais véritablement s’y attarder. Une force comme une faiblesse mais qui montre que l’entreprise était risquée et que le résultat, aussi maladroit soit-il, reste courageux et fait montre d’une envie de donner au public le maximum d’informations, aussi futiles soit-elles, sans pour autant perdre le fil directeur. Alors que la pochette du DVD annonce un divertissement somme toute sommaire, j’ai eu mon lot de surprises en m’apercevant qu’il n’en est rien. On tourne vachement autour de la spiritualité et du besoin qu’on a de se sentir minuscule face à quelque chose de supérieur, qui nous dépasse.

Les effets spéciaux sont saisissants tout en gardant un aspect artisanal des plus charmeurs.

Même si l’issue du film est connue d’avance et que la happy end semblait inévitable malgré la fausse aura de mystère planant sur la pellicule, il n’empêche qu’il réserve son lot de moments intéressants. Et bien qu’il ne se passe pas grand chose à bien y regarder de plus près, j’ai été comme subjugué par cette approche de Mars, à l’instar d’un Mission to Mars, le côté intello en moins. Loin de moi l’idée de descendre le film en disant qu’il ne cache rien d’innovant et d’inoubliable. C’est juste qu’il s’agit d’un vrai divertissement qui semble vouloir dépasser son statut d’entertainment et atteindre autre chose.

Le robot amène une ambiance légèrement horrifique des plus agréable à l’atmosphère du film.

Et pourtant, à l’instar de la pochette, la mention de Val Kilmer ne m’a pas réjoui. Mais il faut avouer qu’il fait le boulot et que, même s’il reste toujours une tête à claques pour ma part, tend à doser savamment l’action à la romance à l’aide d’un casting purement masculin sur le sol martien et uniquement féminin en lieu et charge du vaisseau. Un faux mauvais film plein de promesses.

8/10

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