Wrong – Quentin Dupieux

Pour avoir une vague compréhension du film, il suffit juste d’utiliser l’hémisphère droit de son cerveau. Facile !

Wrong est un véritable OFNI, projeté tout droit sur les écrans terrestres par Quentin Dupieux du fin fond de de sa planète: la planète Maboule ! Déjà père de deux films en marge de la production cinématographique actuelle, Wrong ne déroge pas à la règle: il rappelle les meilleurs moments foutraques et non sensiques des film de Terry Gilliam et copine avec l’humour absurde et les personnages des chefs d’oeuvres azimutés des frères Coen. D’ailleurs, ce film fait étonnament penser à The Big Lebowski dans sa capacité à tenir en haleine un spectateur, pourtant sujet à un summum de bétise. Mais cette bétise est poétique. Et là réside toute la différence !

Un post-générique qui ne sert qu’à alimenter la folie douce qui entoure l’oeuvre.

La filiation entre le cinéaste et son comtemporain Michel Gondry n’exclut pas le fait qu’ils ne jouent pas dans la même catégorie. Alors que Gondry est fédérateur d’un cinéma artisanal et mélancolique, basé sur les souvenirs et les rêves, Dupieux foule le chemin de l’expérimental, sans jamais perdre de vue une certaine idée de l’esthétique (certains plans sont à tomber par terre) ainsi qu’un amour immodéré pour la musique, porteuse d’images non dévoilées. Armé de sa caméra HD, il serpente dans le subconscient de l’humanité tel un reptile dévoreur d’idées, afin d’étaler sur une toile intemporelle sa manière de voir son prochain, dépeignant littérallement l’être humain sur pellicule.

La femme ne permet jamais de rééquilibrer l’homme sur la balance de la logique. C’est même tout le contraire.

Le titre est éponyme à la théorie de Dupieux qui consiste à inverser la réalité pour mieux la bousculer. Et c’est en transcendant cette philosophie, à priori naïve, qu’il accouche d’un petit bijou d’originalité empreint d’une forte philosophie: celle de la vie elle-même. Régie par la logique depuis des temps immémoriaux, on s’étonne de se rendre compte qu’elle peut également exister dans un monde où tous les repères, même les plus anodins, sont bouleversés. Mais la base du scénario provient de cette quête éperdue de la recherche du chien kidnappé. Si l’on inverse les animaux et les êtres humains, nous obtenons une comédie qui, à première vue semble loufoque mais qui, par un second degré de lecture innatendu (la mise en abîme de la propre condition de l’homme au plus haut degré de la chaîne alimentaire), prend tout son sens et nous interroge sur notre capacité à communiquer avec une espèce différente de la nôtre.

Mon dieu ! On a vraiment un accent pareil quand on parle anglais ?

Ce blocage du langage s’exprime à de nombreuses reprises au tout début du film, comme si la théorie était exposée et que le restant du long métrage servait tout simplement à la démontrer. De nombreux éléments appuient cette théorie personnelle de l’inversion des espèce (le temps de chien, les employés formant une meute, la télépathie et plus encore). Et si jamais le doute vous assaille quand à cette vision du film, retenez la première scène: elle parle d’elle même !

Du grand n’importe quoi élevé au rang d’art, c’est plus communément surnommé génie.

Jamais frondeur ni acamédique, jamais intello ni narcissique, Wrong est une pièce qui mérite directement sa place au sein du musée des curiosités. Mélant habilement fantastique et comédie dans une fable aux allures de film noir, Quentin Dupieux réussit le pari de nous faire entrer dans son imaginaire débordant sans jamais fermer les yeux. Un véritable rêve poétique sur pellicule.

8,5/10

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