Archives Mensuelles: septembre 2012

In The Loop (2009)

Une satire pas piquée des vers sur les dessous de la politique internationale.

Malgré l’ampleur du sujet discuté (l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak), le réalisateur parvient à nous faire hurler de rire grâce à un facteur déterminant: la dédramatisation nerveuse. Tous les personnages impliqués dans cet évènement se bousculent, se chahutent et s’engueulent pour ramasser des miettes de renseignements et donner un coup de pouce à sa carrière en misant sur le bon cheval. Sauf que tout ce chaos ministériel donne lieu à des répliques proprement hilarantes (Peter Capaldi impayable en directeur de communication tyrannique), à des scènes d’une incroyable liberté de ton (il faut les entendre éructer le mot « fuck » à tout va) et à un genre de comédie bien particulier. Les joies du téléphone arabe dans ce qu’il a de plus régressif et jubilatoire.

8,5/10

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Saga Baby Cart: le loup à l’enfant (1972 à 1974)

Le loup à l’enfant: chasseur et chassé à la fois, il n’aura de cesse d’avancer vers sa destinée en foulant aux pieds une bonne centaine de cadavres.

3 ans ! C’est ce qu’il m’aura fallu pour regarder en intégralité cette saga. C’est exactement le même nombre d’années qu’il faudra à Kenji Misumi pour donner naissance aux six épisodes qui la compose. 6 épisodes inégaux (le dernier épisode est de mauvaise facture comparé aux autres) mais représentatifs d’une époque et d’une envie d’en découdre avec le film de sabres (chambara) auquel le public est habitué. Fort de la renommée de la saga Zatoichi, le producteur Shintaro Katsu permettra à Baby Cart de voir le jour, sous la houlette de son créateur, le scénariste originel Kazuo Koike (Crying Freeman, La femme Scorpion). Après un premier épisode particulièrement violent et original dans sa manière de traiter le genre, la saga deviendra au fur et à mesure une des pierre angulaires du cinéma traditionnel japonais.

La mise en scène est une poésie cruelle, alliant la beauté des plans à la violence des combats avec une maestria technique imparable.

Se nourrissant de la diversité des cultures présentes de par le monde dans les années 70, Baby Cart en aura influencé plus d’un. De Quentin Tarantino à Georges Miller en passant par John Carpenter, aucuns de ses hommes ne se cachent de leur amour pour l’odyssée sanglante et vengeresse d’Ogami Itto, ancien bourreau du shogun devenu tueur à gages suite à un complot ayant coûté la vie à sa femme. Poussant inlassablement le landau de son fils tel un fardeau pesant sur ses épaules, ce ronin monolithique et terrifiant de par son mutisme et sa réputation de bretteur hors pair cherchera à obtenir la tête du chef de clan Yagyu Retsudo. Et ce à n’importe quel prix. Il n’hésitera pas à mettre en danger la vie de son fils une fois que celui-ci aura choisi de lui même la voie du sabre (ladite scène est bouleversante).

O-Yuki, tueuse hors pair, est le pendant féminin d’Ogami.

Inhumain dans son maniement du sabre et son échelle des valeurs, Ogami ne pourra s’empêcher de laisser transparaître son humanité lors des scènes le mettant en scène avec son fils Daigoro. Spectateur du massacre perpétré par son père, il ne cessera jamais d’apprendre au travers des actes et des paroles de ce dernier, jusqu’à calquer sa personnalité sur la sienne et adopter une ligne de conduite identique: largement amorale mais parfaitement honorable. Chaque épisode nous montre une facette du père par le biais de la compréhension du fils. L’honneur, le pardon, la générosité seront autant de valeurs traitées au fur et à mesure que les épisodes s’enchaînent.

La saga arrive à mélanger violence, érotisme et critique sociale dans un seul et même cocktail. Détonnant !

Les scénarios, exemplaires dans le traitement des personnages, la chorégraphie des affrontements et la linéarité du récit malgré des quêtes annexes savoureuses (n’oublions pas qu’en plus de sa soif de vengeance, Ogami est devenu un tueur à gages) permettent aux acteurs de donner le meilleur d’eux mêmes. Tomisaru Wakayama, l’interprète principal, est un véritable roc ne laissant entrevoir aucunes failles. Charismatique à souhait,  il laisse exploser son talent dans des chorégraphies endiablées où l’hémoglobine a une place de choix. Magnifier la violence et la montrer sous son meilleur jour semble être l’une des lignes directrices de la mise en scène de Misumi. Les combattants croisés au fur et à mesure seront de plus en plus coriaces, jusqu’à sortir du bestiaire du fantastique (les morts-vivants du dernier opus), faisant écho au leitmotiv du bourreau (« Nous sommes dans l’enfers des damnés ») qui sert de relais entre chaque épisode.

Chaque duel est unique par son paysage, chaque adversaire l’est également par sa technique. Un bonheur de tous les instants !

Piochant allègrement dans les codes du western (les duels du troisième épisode, la fusillade finale du dernier épisode), James Bond (la scène dans la neige de l’épilogue ressemblant à une parodie de L’espion qui m’aimait), les prédécesseurs du chambara (Les films de sabres d’Akira Kurosawa), Baby Cart parvient à se forger une identité propre et à être adopté par un large public avide de sensations. Cette renommée ouvrira la voie de la consécration au réalisateur Kenji Misumi qui, même s’il ne participe pas à la réalisation de la totalité des films (il sera remplacé sur le quatrième et dernier opus), aura largement contribué au succès de la saga en y imprégnant sa patte visuelle et artistique.

Sergio Leone n’aurait pas renié ce genre de plan magistral.

 

Episode 1: Le sabre de la vengeance => 8/10

Episode 2: L’enfant massacre => 9,5/10

 

 

Episode 3: Dans la terre de l’ombre => 9/10

Episode 4: L’âme d’un père, le coeur d’un fils => 8,5/10

Episode 5: Le territoire des démons => 7,5/10

Episode 6: Le paradis blanc de l’enfer => 6/10

 

 

 

 

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The Bourne Legacy – Tony Gilroy

La saga du super soldat prend un sacré coup dans l’aile…

Même si j’ai pas correctement fait mes devoirs (je n’ai toujours pas vu The Bourne Ultimatum), on peut facilement suivre le tout nouveau film de Jason Bourne (sans Jason Bourne) en y allant vierge de la trilogie. Même si on y perd en compréhension lors de certaines discussions entre les personnages (quelques noms reviennent souvent sans qu’on sache vraiment mettre un visage dessus), The Bourne Legacy n’appartient pas vraiment. Ça pourrait même être vu comme une fausse préquelle à l’invention des super soldats, mode initiée à l’époque par un Matt Damon tout en charisme. Ce que n’a pas Jeremy Renner

– « Répète un peu pour voir ! »

A vouloir trop en faire dans le thriller complotiste, la saga débraye et perd toute l’aura qu’elle avait accumulée jusqu’alors. Il faut les voir nous faire un remake de La Taupe (qui, au moins, avait le mérite de jouer cartes sur tables dès le début) pour se rendre compte de l’étendue des dégâts  On passe de scènes terriblement chiantes et longues à des scènes d’action certes burnées, mais trop rares pour accuser le coup des 140 minutes de bobine. Quoi qu’il en soit, le choix d’un nouvel acteur (le refus de l’ancien me dit-on dans l’oreillette) aura permis une chose: éviter d’entacher la saga initiale. Ce qui n’est déjà pas mal.

Je n’ai jamais vu Edward Norton aussi…mauvais ! Ah si !! Dans Hulk

La faute à qui ? A un réalisateur moins doué que Greengrass (mais qui assure parfaitement l’intérim dans l’action nerveuse) ? A un lot d’acteurs peu inspirés ? A un scénario qui tire en longueur toutes les ficelles scénaristiques possibles jusqu’à la cassure ? Il y a un peu de tout ça en effet. Mais le pire n’est pas tant que le come-back de Jason Bourne soit raté, c’est qu’il sont persuadés de pouvoir sortir une nouvelle saga tenant sur les épaules de Renner. Alors ok il est baraqué dans le film mais faut pas trop lui en demander hein…

6/10

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The Breakfast Club (1985)

Comment a-t-il pu écrire des jeunes rôles qui sonnent aussi justes ?

John Hughes est toujours présenté comme le fer de lance du teen-movie et The Breakfast Club semble être son étendard. Bien loin d’offrir un divertissement, le réalisateur/scénariste propose ici une réflexion sur les clichés que le lycée crée et la place que l’on cherche à se faire. Car s’il y a bien un endroit où l’on se découvre et où l’on forge notre caractère et notre personnalité, c’est à l’école. Et quoi de mieux qu’une journée de colle entre cinq élèves totalement différents pour faire exploser le vernis de ces images préfabriquées ?

Ça paraît tout gentillet comme comédie…au début.

Car le problème est bien là. Parents comme enfants n’ont qu’une idée réduite des doutes de chacun, de leurs rêves, de leurs blessures profondes et de leur soif d’émancipation. Chacun est dans son monde et n’observe pas son voisin. Et cette comédie, dont le pitch fait tout de même peur aux premiers abords (après tout, regarder cinq personne en colle toute la journée, c’est pas très rassurant niveau rythme), dynamite tous les préjugés et les appréhensions en installant un climat de dialogue et de compréhension entre les jeunes personnages. La scène où ils discutent tous assis en cercle et où les fêlures de chacun apparaissent est d’une sincérité troublante et est parfaitement maîtrisée dans la durée et le choix des répliques.

Chaque personnage joue son rôle à la perfection jusqu’à ce que les nerfs lâchent.

Jamais grandiloquent dans son propos, jamais tape-à-l’oeil, The Breakfast Club est original et intemporel car il s’adresse à la jeunesse dans sa globalité (même si je ne pense pas que les jeunes d’aujourd’hui puissent s’y reconnaître). La surenchère de gags n’a pas sa place dans ce cinéma du coeur et de la réflexion sur ces lycéens qui frôlent le monde adulte et en passe de le devenir. Chapeau bas Mr Hughes !

8,5/10

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Sorry – Zoran Drvenkar (2008)

Un Dieu vengeur écumant les rues de Berlin, ça fait saliver !

Malgré les critiques élogieuses et le flair imparable de l’éditeur Sonatine pour détecter les bonnes plumes, Sorry me reste en travers de la gorge. Et ce pour deux choses. La première est le traitement des personnages vraiment survolé. Aucunes émotions ne transparaît véritablement de leurs actes et de leurs paroles. Est-ce la faute à une traduction hasardeuse de la langue germanique ou à la paresse du romancier qui préfère laisser son imagination créer un suspense intense plutôt que disséquer les comportements humains ? Quoi qu’il en soit, la retranscription des souvenirs du passé du tueur fait froid dans le dos par l’aspect malsain des scènes décrites et le côté pourri du monde adulte vu par les yeux d’un enfant.

Une plongée sans concession dans un esprit torturé.

La deuxième est ce besoin viscéral d’être plus dégueulasse que ses aînés. Sorry a comme cet air de déjà vu et cet arrière goût de refroidi qui empêche d’entrer pleinement dans le roman. Malgré cela, on assiste, impuissant lecteur, à la naissance d’un schizophrène en quête de repère émotionnel et aux choix douloureux qui peuvent se faire s’entre-déchirer les amitiés les plus liées. Le rythme est soutenu, le mystère est complet et ça promet de longues heures de lecture pour les prochaines oeuvres traduites de l’écrivain.

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