Archives Mensuelles: août 2012

Police contre syndicat du crime (1975)

Fukasaku a lancé sa caméra dans un tourbillon de violence qui a emmené dans son sillage un paquet d’hommes.

De Fukasaku, je n’ai vu que les deux premiers Battle Royale. Et même si la violence y était déjà omniprésente, ça serait réduire son talent que de penser qu’il n’est capable que de ça. Même si Police contre syndicat du crime est l’un des derniers d’une longue lignée de films mafieux dont il est l’auteur, il n’en reste pas moins un petit bijou. Polar musclé alimenté par une mise en scène au plus proche de l’action et une galerie de personnages parfaitement dessinés, le film domine par sa capacité à faire jouer la corde raide de la morale. La frontière entre mafia et police est extrêmement floue et c’est dans une densité scénaristique rare que l’on retrouve ceux qui sortiront du lot et aux quels on pourra facilement se raccrocher tout au long de l’œuvre.

La morale en prend un sacré coup lorsque nos actes dépassent nos pensées.

J’ai rarement vu un film de yakuzas aussi réalistes et qui semblent aussi bien documenté. Fukasaku ressemble étonnamment à un Scorsese asiatique lorsqu’il s’agit de décrire la mafia et leurs fonctionnements. Honneur, trahison, règlements de comptes et fusillades, l’action est propice au réalisateur afin de plonger dans la noirceur de ses personnages et faire montre d’un étalage de violence, que ça soit dans les meurtres ou les actes sexuels. On passe de plans magnifiquement cadrés (une habitude dans le cinéma asiatique) à un bordel sans nom où la caméra virevolte dans tous les sens, véritable personnage au cœur des bagarres. Un film dense qui semble faire le récapitulatif de tout ce qui compose son cinéma. Il me tarde à présent de découvrir les autres.

9/10

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The Campaign – Jay Roach

Si seulement la course au pouvoir pouvait vraiment être aussi trash, je passerais mes journées devant BFM TV !

Galifianakis, depuis son apparition remarquée dans Very Bad Trip, a fait son petit bonhomme de chemin. Et obtenir si rapidement un rôle auprès de Will Ferrell, le diplômé en chef de la comédie américaine, ça tient de l’accomplissement. Délaissant John C. Reilly, son fidèle larron (qui est parti faire des films sérieux), Ferrell avait donc besoin d’un autre comparse pour l’aider à refléter toute l’immensité de son génie comique. Et il semble l’avoir trouvé dans cet acteur bedonnant, adepte de l’auto-dérision et sachant parfaitement jouer l’homosexuel (après Date limite, il incarne encore ici un Républicain à voile et à vapeur).

Le soupçon de réalisme de la campagne est ce qui maintient le film dans une connerie latente.

Les meilleures comédies sont bel et bien celles qui apprivoisent un thème pour mieux le parodier. Et lorsqu’il est lourdement ancré dans la culture américaine, c’est d’autant plus fendard (quoi que dangereux humoristiquement parlant) de se moquer de lui. Car il faut savoir faire preuve d’une grande capacité d’auto-dérision pour se poiler devant ce type de comédies. Après les mariages à l’américaine (Serial Noceurs), les compétitions de Daytona (Ricky Bobby), quoi de mieux que la course à la présidentielle. Ou plutôt la vice-présidence (pour éviter de faire trop écho au duel Obama/Romney). Sur fond de crise économique, The Campaign se permet même une critique de la délocalisation et fait remonter en surface les peurs des citoyens américains (le terrorisme, l’avancée de la Chine). Un petit clin d’œil montre même qu’ils sont très sérieux (la caméra de bord de la voiture de police indique fin Octobre 2012 alors que le film sort fin Août) ou qu’ils cherchent à le faire croire.

Tel père, tel fils et…telle femme ?

Mais bien entendu, le sérieux n’est pas ce qui caractérise ce film, loin de là. Car entre la morale à deux balles et le manichéisme constant du script (les Républicains sont le bien et les Démocrates sont le mal et vice-versa), on a droit à une avalanche de gags et de blagues qui m’ont fait mourir de rire. Entre les confessions au dîner de famille républicain ou le visionnage des clips de campagne des démocrates, on a droit à du très lourd en termes de connerie. Et bien que Ferrell soit le Usain Bolt de la discipline, Galifianakis le talonne, si bien que le duo est parfaitement équilibré et que chacune des scènes où il se donne la réplique est excellente.

Les valeurs des Etats-Unis portées à leur paroxysme, ça en devient hilarant.

Après ce coup d’essai largement satisfaisant, espérons que le duo remette le couvert pour une prochaine comédie qui nous fasse travailler aussi facilement les zygomatiques.

8,5/10

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En cas de bonheur – David Foenkinos (2005)

Malgré un sujet vaste, ça reste très léger à lire.

Une histoire d’amour qui débute par un adultère, c’est pas commun. Et ça a tendance à ouvrir vers une impasse. Mais Foenkinos profite de ce thème sensible pour dresser un portrait sociétal du mariage et de ses conséquences. Avec tout ce qu’il faut de douceur et d’humour (c’est extrêmement poétique et rocambolesque). Son image de l’amour et des relations extra-conjugale prend une plus vaste ampleur car il dépeint le quotidien sentimental d’un coupe de Mr et Mme Tout le monde. Et l’identification étant immédiate, ça nous aide à plonger facilement dans ce roman très court (il se lit en quelques heures), mais non dénué d’intérêt.

Je persiste et signe que le titre peut se lire aussi « en-cas » et signifie que toutes les bonnes chose ont une fin.

On aurait tort de croire que l’auteur tend à banaliser l’adultère par des situations cocasses et une description romanesque du quotidien de deux âmes en peine au bord du divorce. Car derrière l’humour se cache une réalité, celle des fêlures du couple, des responsabilités du mariage, de l’usure des sentiments. Et quand bien même aucun de ses maux ne nous touche, on se surprend à retrouver des gestes ou des pensées que l’on a plus ou moins eu, tant Foenkinos sait manipuler le prisme humain au travers de ses personnages, aussi farfelus soient-ils. Rempli d’émotion, d’une mélancolie drôle et d’une nostalgie touchante, En cas de bonheur est une petite surprise. Je m’attend à présent à devoir accepter la lecture d’autres de ses romans, mais pas dans l’immédiat quand même car mon côté fleur bleue, aussi minime soit-il, risquerait l’overdose.

En cadeau, une pub mettant en scène l’adultère sous une forme originale.

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Le bruit des glaçons (2010)

Faut faire gaffe quand on emploie ce genre de phrase d’accroche sur une affiche, surtout quand ça s’avère à moitié vrai…

Enfin une comédie française qui sort du lot ! Cette fois on a pas à faire à une réunion de familles autour d’un repas, ou alors la déception amoureuse d’un homme ou d’une femme à qui il va arriver plein de trucs drôles (parce que souvent, c’est pas du tout le cas). Là, ça parle de deuil. Ça assume pleinement la noirceur de son scénario d’une part en employant Dujardin à contre-emploi mais surtout en prenant soin à installer une ambiance glauque à l’aide de la musique et des mouvements de caméra. Et autant dire que ça fonctionne à plein régime.

Le duo d’acteurs trouve le bon équilibre entre drame et comédie.

Dupontel, qui incarne le cancer de Dujardin, joue un peu la carte du second degré tandis que son acolyte alcoolique plonge dans la tristesse au fur et à mesure que le film avance et que le cancer gagne du terrain. L’utilisation personnifiée de la maladie est intéressante car elle permet de mettre des images fortes sur des phrases qui n’avaient avant une signification que pour le malade. Se battre contre son cancer, nourrir son cancer, repousser son cancer et, enfin, le vaincre. Mais on ressort tout de même troublé par cette vision pessimiste de la maladie qui, même si elle garde une grosse part de vérité, annihile tout espoir de guérison et plonge le spectateur dans une légère dépression qui, dans mon cas, s’est emparé de mon sommeil. Regarder donc plutôt le film durant une belle journée ensoleillée, le cancer vous fera moins de mal.

6/10

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The Blonde – Duane Swierczynski (2010)

Il fallait bien un écrivain avec un nom à coucher dehors pour écrire une histoire à dormir debout…

J’ai rarement lu un livre dont l’intrigue est menée tambour battant à ce point là ! Les courts chapitres, eux même divisés chronologiquement (l’histoire se déroule sur 10 heures) s’enchaînent à une vitesse folle. Les personnages s’entrecroisent, liant plus ou moins leur destins grâce à un scénario fait de bric et de broc. Mais c’est justement ça qu’on aime dans la littérature pulp, c’est ce foisonnement d’idées incongrues, de personnages loufoques et de psychologie de bazar amenée par des répliques savoureuses (même si je pense fortement que la traduction ne rend pas service à l’auteur).

La « Blonde » est clairement au centre de toute la machination qui s’installe.

Fort de sa contribution auprès de Marvel afin de développer des comics-books du Punisher et des X-Men, on peut lui reconnaître un certain talent pour l’action sèche et nerveuse et l’entertainment non stop. Et son désamour pour les personnages types. La blonde, éponyme au roman, n’est pas la conne complète à laquelle on pourrait s’attendre. C’est même tout le contraire. Est-ce une façon pour Duane de s’affilier un public féminin ? Clairement non tant l’action excessive et la violence omniprésente les repousserait. Un polar un peu old-school qui ravira les fans du genre et qui se lit en deux temps trois mouvements. Les autres, passez votre chemin, vous n’y trouverez rien d’intéressant.

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