Starman (1984)

L’Amérique a-t-elle besoin de l’arrivée d’un extraterrestre pour se remettre en question ?

E.T ou Starman ? Ce choix de la société de production Columbia Pictures fait encore rêvé aujourd’hui. A quoi aurait pu ressembler E.T s’il avait été réalisé par Big John ? Y penser me procure des frissons incontrôlables en repensant à ce qu’il nous avait déjà servi en terme d’animatronique sur The Thing. Mais un énième film de monstre ne semblait pas l’intéresser. Et percer l’Amérique reaganienne par le biais d’un film de science-fiction est un défi à la hauteur de son talent, qu’il relève avec brio. Car ce qui aurait pu passer pour un banal film d’envahisseur est en réalité une véritable satire des Etats-Unis des années 80. Et Carpenter étant célèbre pour utiliser à contre-emploi les clichés (pourquoi ce putain d’extraterrestre se crashe-t-il encore en Amérique ?), Starman n’échappe pas à la règle.

La scène fait immédiatement pensé au halo bleuté aperçu dans Rencontres du troisième type.

Car Starman est tout l’inverse d’E.T, à savoir qu’il ne se cantonne pas à montrer un quartier tout en prétextant que ce microcosme s’applique à la Terre entière. C’est une virée sauvage à travers les Etats-Unis. Carpenter est un Kerouac interplanétaire. Celui qui fermera la marche de la conquête de l’Ouest. Car c’est bien vers l’Ouest que le couple se dirige inlassablement, malgré les difficultés qu’ils rencontreront et les rencontres qu’il feront: rednecks pervers, flicards nourris aux westerns, personnages désabusés. La galerie typique du Far West où le voyageur solitaire et mystérieux fait son apprentissage du monde grâce à de l’auto stop.

Quoi de mieux qu’une muscle car pour traverser le pays d’un bout à l’autre ? The Kowalsky Style.

Jeff Bridges impressionne par son jeu tout en mimiques, en grimaces et en démarche saccadée. Son comportement autiste qui le distingue d’un véritable Terrien rend sa prestation d’autant plus difficile que tout passe par l’émotion. En effet, avant d’être un film de science-fiction, c’est une histoire d’amour entre une femme seule qui redécouvre l’amour en accompagnant le clone de son mari défunt vers un nouveau départ. Une tragédie romantique qui est lourde de sens et qui prend une proportion dramatique exceptionnelle par l’intermédiaire du fantastique (j’ai ressenti un peu le même sentiment que lorsque j’ai vu La voix des morts).

Les décors sont magnifiés par le Scope majestueux de Big John. Des images d’une pure beauté !

Rebelle, le film l’est tout autant que son réalisateur. Antimilitariste, anticapitaliste (le passage à Vegas en est un bel exemple), il met en exergue les thèmes régulièrement abordés par le cinéaste. Et, en arrivant après Christine, montre que Carpenter aime traiter la romance comme un genre pouvant parfaitement cohabiter avec le fantastique. La musique rappelle les partitions des meilleurs David Lynch, toute en lyrisme et en minimalisme. Il m’aura fallu de nombreuses années avant de me décider à regarder ce film (il ne m’inspirait pas plus que ça).

Karen Allen a un charme inégalable.

Pour tout fan du cinéma de Big John, c’est une erreur de faire l’impasse sur Starman, qui regroupe absolument tout ce qui fait l’essence même de son cinéma. Puissant, évocateur et enchanteur.

8/10

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