La part des anges – Ken Loach

Un humour so british qui sied bien aux drames sociaux de Ken Loach.

On est habitué à ce que le père Loach nous tire une petite larme et nous émeuve en employant un fatalisme et une réalité qu’on cherche en temps normal à fuir du regard. Mais l’émotion par l’intermédiaire de la comédie, c’est une chose qu’il n’a tenter que très tard. Et grand bien lui en fasse car l’entrée en matière est plutôt excellente et permet au cinéaste non pas de jeter un regard neuf sur la société et les maux qui la ronge, mais d’emprunter une nouvelle voie et d’adopter une nouvelle liberté de ton, tout en gardant les thèmes qui lui sont chers.

Malgré le choix des personnages pour la marginalité, quelques éclaircies subsistent dans leur quotidien chaotique.

Et la jeunesse désœuvrée, le réalisateur aime en découdre avec elle. Principaux acteurs de la vie civile, reflétant le niveau socio-culturel de chaque ville sur laquelle Loach jette son dévolu (les rebelles du film sont tout de même relativement primitifs dans leur façon de gérer les conflits), les marginaux ont ce brin de nostalgie qui les caractérisent et qui en font des personnages intéressants, plus proches de la réalité que le commun des mortels. Mais malgré leur envie d’être différent et de s’émanciper par leur propres moyens (les études passent à la trappe), ils cherchent à atteindre un niveau social semblable à un citoyen lambda, tout en prenant un chemin détourné. Seraient-ils pour Ken Loach les derniers survivants de l’aventure humaine, refusant la norme et cherchant la difficulté dans la facilité ?

Les Highlands sont tout le contraire du film: froids, vides et hostiles.

Ça peut paraître bizarre à première vue de s’attacher à des délinquants de bas étage, surtout lorsque ces derniers représentent la lie de la société. Cette scène où Robbie, alors tout jeune père, se voit confronter à la personne qu’il a agressée, acte qui lui a valu un séjour en prison. Une scène déchirante et criante de vérité, mais qui nous évite d’oublier la nature profonde de ces êtres perdus et tourmentés. Car même s’ils sont drôles, que leur compagnie est agréable et que l’on cherche à tout prix à leur trouver une rédemption quelconque, n’oublions pas que tout au long du film, leurs actes sont répréhensibles par la loi. Et si c’était cet amour de l’interdit qui nous les rendait sympathiques ?

Ici, on chasse le stéréotype et on inverse les rôles: on déteste ces foutus flics !

Qui plus est, le film nous montre un monde élitiste mais qui reste tout de même intéressant pour l’esthète qui sommeille en chacun de nous: le monde du whisky. Les Écossais sont évidemment d’éminents connaisseurs de la chose et c’est d’autant plus plaisant de les entendre se gargariser de termes inconnus qui font saliver le palais à leur entente. Jamais lourdaud, toujours drôle avec cette pointe de sensibilité qui fait que l’on tient une excellente cuvée. Il mérite amplement son Prix du Jury à Cannes.

8,5/10

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