Cruising (1980)

Un rôle complexe et qui demande un énorme investissement.

En pleine lumière après un passage chez Coppola et Lumet, Friedkin s’enquit de la présence charismatique d’Al Pacino pour interpréter un rôle ambivalent qui marque les esprits: celui d’un flic sous couverture dans le milieu SM gay traquant un tueur d’homosexuels. Pas besoin de dire qu’il s’agit donc d’un film éprouvant a bien des égards: scènes rudes, atmosphère oppressante et ambiguïté des personnages. Le réalisateur cherche à nous maintenir dans un état de concentration totale pour nous montrer uniquement ce qu’il a envie qu’on voit. Ce qui rend notre compréhension du final d’autant plus dérangeante et incertaine.

Performance d’un acteur talentueux ou délivrance d’une pulsion homosexuelle lors d’un tournage, Pacino délivre une performance remarquable et saisissante de réalisme.

Le passe-temps favori de Friedkin est de sonder l’esprit humain afin d’en retirer le plus vil, le plus dégradant, ce qu’on cache au fond de nous et de l’étaler sur pellicule aux yeux de tous. Multipliant les questionnements sur la sexualité, la connaissance de soi et de sa personnalité, de ses désirs et de la faculté à les assouvir, le film se transforme en une photographie d’un New York méconnu où le milieu gay tenait une place à part dans le monde de la nuit. Des libidos exacerbées se libérant sur la piste de danse aux scènes les plus fétichistes, le réalisateur ne nous épargne aucun détail de cette vie intense et suffocante. Le film n’aurait pas pu avoir meilleur titre. Cruising (la drague dans le milieu homo) représente parfaitement les différentes facettes du film: Pacino doit chercher à s’imprégner d’un monde qu’il ne connaît pas et de se faire passer pour l’un des leurs afin d’attirer le tueur dans son filet tandis que ce milieu l’influence dangereusement jusqu’à mettre en péril son couple.

Une scène déchirante par les quasi silences de Pacino aux questions de sa femme. L’ambition nous ferait-il faire n’importe quoi ?

Car sous l’éclat du polar underground se cache une ombre social où l’idée du couple idéal vacille sous le dédoublement de l’identité sexuelle du personnage d’Al Pacino. Sa femme ne le reconnaît plus et lui perd progressivement son envie d’elle, alors qu’elle était au début de l’enquête sa seule bouée pour éviter de sombrer dans le monde cuir/moustache, lorsqu’il bafouait la règle de la couverture totale en retournant chez lui lui faire l’amour et ainsi se libérer de ses pulsions trop longtemps refoulées. A quoi pense Al Pacino lorsqu’il couche avec sa femme ? Peut-on à ce point en s’immergeant complètement dans une autre sexualité, changer la nôtre ? C’est en cela que la fin est ambiguë et laisse le spectateur sur le carreau, laissant libre cours à son imagination perverse et créative.

Voix gutturale, look sombre et démarche de cow-boy, le tueur est carrément flippant !

Un film qui reste en mémoire et qui a le mérite de montrer, aussi crûment soient-elles, des choses que l’on ignore et auxquelles on ne s’intéresseraient pas si elles ne nous étaient pas montrées par un réalisateur de génie. Saisissant !

8,5/10

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