Le privé (1973)

Le détective privé dans toute sa splendeur !

Chandler est réputé pour être celui qui a su insuffler l’âme des romans noirs au cinéma par la qualité de sa plume. Et Philip Marlowe est son égérie, fréquemment incarné par Humphrey Bogart. Mais Elliot Gould tient la route en enfilant le costume et tout ce qui s’en suit. Dégingandé et cynique, il allie à la perfection justesse du personnage et des punchlines, qui constitue la marque de fabrique du polar old school. Et lorsqu’un talent pareil se retrouve entre les mains d’un réalisateur chevronné, ça donne un petit bijou…à condition qu’il respecte l’univers très codifié de l’écrivain.

« – Ca te dérange pas que j’me gratte les couilles ?
– T’as chopé du sable dans ton caleçon ?
– Si j’te dis non, j’ai quand même le droit de me les gratter ? »

Car Marlowe est un personnage tellement structuré par ses multiples apparitions dans le cinéma que faire table rase de tout ce qui a été fait auparavant semblait impossible. Pourtant, Altman se permet d’en faire un dépravé et alcoolique notoire, ayant pour seul compagnie nocturne un chat. C’est sûr cette brève aquarelle du détective que le réalisateur pose les bases sur lesquelles Gould jouera à la marelle durant 2 heures. Et 2 heures, c’est une belle durée pour un film de privé car dans ce genre, c’est la parlotte qui prime. Et si l’humour n’était pas largement présent au détour de répliques ou de situations, il serait facile de pouffer d’impatience et de lever les yeux au ciel tant Marlowe est un taré à la puissance 10.

On a beau être détective privé, on a les mêmes obligations que tout un chacun. C’est ce que chaque écrivain devrait retenir en s’aventurant dans le genre. C’est ce qui amène les situations les plus cocasses.

La galerie de personnages est limité au strict minimum car seuls ceux qui auront une influence directe sur le scénario et son avancement sont présents. Le gimmick musical est entêtant, enivrant et permet au spectateur de rentrer pleinement dans l’atmosphère du film. On ne voit pas le temps passé et on ne compte plus le nombre de cigarettes que Gould s’envoie à l’écran. Véritable symbole, le grattage d’allumette permet l’entrée dans le cadre du privé, sorte de transition classe et intelligente. D’ailleurs, le personnage fume tellement et à une manière tellement personnelle de le faire que lorsqu’il rentre dans une pièce, on sait d’emblée s’il s’agit de Marlowe ou non.

Arnold Schwarzenegger fait même une petite apparition dans le rôle d’une armoire à glaces.

The long goodbye (le titre original est tellement mieux) a donc toute la saveur d’un Chandler et l’humour d’un Altman, l’un se mariant parfaitement à l’autre sans jamais prendre le dessus. Dommage que rien depuis Le dernier samaritain ne pointe le bout de son nez et nous offre une nouvelle performance de privé hors norme.

9/10

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