Dans la peau de John Malkovich (1999)

Et vous, qui aimeriez-vous être pour 15 minutes ?

Premier film et déjà Spike Jonze fait montre d’une étonnante maîtrise de son outil et nous tient en haleine sur la durée. Producteur des Jackass, acteur, scénariste, réalisateur de clips, l’éclectisme de sa carrière montre qu’il peut faire beaucoup et le faire bien. Le scénario est une petite bombe car mis entre les mains de n’importe qui, ça n’aurait été qu’une vulgaire comédie potache sans fond ni raison d’être. Dans la peau de John Malkovich porte un lourd fardeau sur ses épaules: celui d’être un film totalement barré et original qu’il surprend le public et peut le perdre en route par sa démarche.

Cameron Diaz est incroyable dans son rôle de paumée.

La question que tout le monde se pose est certainement la suivante: mais pourquoi choisir John Malkovich ? Et bien pourquoi pas ? Pourquoi justement ne pas choisir une célébrité qui n’en est pas vraiment une ? Un acteur qui joue davantage au théâtre qu’au cinéma et qui est pourtant connu par une horde de spectateurs ? Quelqu’un qui est toujours comparé à un autre par ses rôles singuliers ? Et pourtant, il est loin d’avoir un visage passe-partout. Et c’est ce qui fait qu’on se retourne dans la rue en le croisant, persuadé de le reconnaître mais ne sachant pourtant pas mettre un nom dessus.

Que se passe-t-il lorsque l’on rentre dans sa propre tête ? Jonze nous offre une réponse des plus flippantes.

C’est ce que le personnage de John Cusack recherche avant tout. Ne pas sombrer dans l’indifférence et obtenir une reconnaissance mondiale de son talent. Mais le film va beaucoup plus loin que ça en poussant l’expérience de la projection mentale en tant que commerce, posant la question évidente mais pourtant taboue qui consiste à savoir combien nous serions prêt à payer pour avoir notre quart d’heure de gloire. Il est marrant d’observer que ce sont les plus paumés, les plus tristes et les plus solitaires qui viennent tenter leur chance, moyennant une mise énorme. Juste pour ressentir l’espace d’un court instant une once de célébrité et se retrouver dans un corps et un esprit qui a réussi sa vie.

Les gens sont prêts à se raccrocher à n’importe quoi. Rien ne permet de flairer s’il s’agit ou non d’un canular.

Vraiment très space, le film tient donc sur des bases solides et questionne énormément (à la manière de Brazil et son univers surréaliste et pourtant pas si fictif). La fin est malsaine à souhait et nous fait prendre conscience que jouer à être quelqu’un d’autre n’a rien de divin, ni de cool. Nous sommes ce que nous sommes et ne devons en aucun cas essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. On appréciera le caméo complètement loufoque de Charlie Sheen en…Charlie Sheen.

7/10

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