Archives Mensuelles: juin 2012

The Devil’s Double – Lee Tamahori

Lee Tamahori capable d’un bon thriller politique ? Pourquoi pas…

Pas de quoi se réveiller la nuit mais ça se laisse regarder. Le réalisateur nous invite à suivre le destin d’un homme qui n’a pas choisi son physique mais qui, malheureusement pour lui, ressemble trait pour trait au fils de Saddam Hussein. Ce dernier, psychotique et haï par une bonne partie de son peuple, y voit là une chance inespérée de rester à l’abri des balles en mettant son sosie sous les feux de la rampe et de ses ennemis. Cédant aux règles classiques du bon vieux thriller (le gentil se tape la copine du méchant, l’un des sbires du méchant se lie d’amitié avec le gentil,…), Lee joue l’historien en balançant des images d’archives entre deux scènes chocs, histoire de faire baisser la pression. Mais vu qu’il s’y prend mal pour traiter son sujet, qui aurait pu être démentiel vu que Saddam himself avait une multitude de sosies (on aurait pu avoir droit à un jeu de miroirs des plus excitants), le film tombe à plat et peine à nous donner envie de nous intéresser à son histoire. Dommage !

6,5/10

Tagué , , ,

Le privé (1973)

Le détective privé dans toute sa splendeur !

Chandler est réputé pour être celui qui a su insuffler l’âme des romans noirs au cinéma par la qualité de sa plume. Et Philip Marlowe est son égérie, fréquemment incarné par Humphrey Bogart. Mais Elliot Gould tient la route en enfilant le costume et tout ce qui s’en suit. Dégingandé et cynique, il allie à la perfection justesse du personnage et des punchlines, qui constitue la marque de fabrique du polar old school. Et lorsqu’un talent pareil se retrouve entre les mains d’un réalisateur chevronné, ça donne un petit bijou…à condition qu’il respecte l’univers très codifié de l’écrivain.

« – Ca te dérange pas que j’me gratte les couilles ?
– T’as chopé du sable dans ton caleçon ?
– Si j’te dis non, j’ai quand même le droit de me les gratter ? »

Car Marlowe est un personnage tellement structuré par ses multiples apparitions dans le cinéma que faire table rase de tout ce qui a été fait auparavant semblait impossible. Pourtant, Altman se permet d’en faire un dépravé et alcoolique notoire, ayant pour seul compagnie nocturne un chat. C’est sûr cette brève aquarelle du détective que le réalisateur pose les bases sur lesquelles Gould jouera à la marelle durant 2 heures. Et 2 heures, c’est une belle durée pour un film de privé car dans ce genre, c’est la parlotte qui prime. Et si l’humour n’était pas largement présent au détour de répliques ou de situations, il serait facile de pouffer d’impatience et de lever les yeux au ciel tant Marlowe est un taré à la puissance 10.

On a beau être détective privé, on a les mêmes obligations que tout un chacun. C’est ce que chaque écrivain devrait retenir en s’aventurant dans le genre. C’est ce qui amène les situations les plus cocasses.

La galerie de personnages est limité au strict minimum car seuls ceux qui auront une influence directe sur le scénario et son avancement sont présents. Le gimmick musical est entêtant, enivrant et permet au spectateur de rentrer pleinement dans l’atmosphère du film. On ne voit pas le temps passé et on ne compte plus le nombre de cigarettes que Gould s’envoie à l’écran. Véritable symbole, le grattage d’allumette permet l’entrée dans le cadre du privé, sorte de transition classe et intelligente. D’ailleurs, le personnage fume tellement et à une manière tellement personnelle de le faire que lorsqu’il rentre dans une pièce, on sait d’emblée s’il s’agit de Marlowe ou non.

Arnold Schwarzenegger fait même une petite apparition dans le rôle d’une armoire à glaces.

The long goodbye (le titre original est tellement mieux) a donc toute la saveur d’un Chandler et l’humour d’un Altman, l’un se mariant parfaitement à l’autre sans jamais prendre le dessus. Dommage que rien depuis Le dernier samaritain ne pointe le bout de son nez et nous offre une nouvelle performance de privé hors norme.

9/10

Tagué , , , , , , , ,

Fahrenheit 451 – Ray Bradbury (1953)

Une lecture du roman pour un hommage à Ray Bradbury. RIP

Un titre accrocheur pour un livre qui ne l’est pas moins. Bradbury, en nous plongeant dans un univers dystopique, nous livre une vision pessimiste de l’avenir sur Terre. Un avenir où les pompiers seraient chargés de répandre le feu et non plus de l’éteindre. Un monde qui marche sur la tête tant au niveau des us et coutumes répertoriés que de la folie de ses habitants. On a écrit à tort que Bradbury était l’un des fleurons de la science-fiction. Comment peut-il en être ainsi alors que ses œuvres ne font jamais appel à la science ? Et celles qui le sont ne peuvent pas réellement se targuées d’être de la science-fiction. Le plus souvent, Bradbury ne fait jamais appel au cerveau mais au cœur. La raison d’être de ses écrits futuristes est la compréhension du genre humain devant une nature débilitante et soumise. De l’anticipation humaniste, voila ce que c’est.

L’Histoire est inlassablement vouée à se répéter un jour ou l’autre.

Les autodafés pratiqués dans Fahrenheit 451 ne sont pas sans rappeler les heures sombres qui ont marqués notre histoire et qui sont à jamais ancrées dans notre patrimoine collectif. Le maccarthysme, reflet historique de la capacité à gérer la population par la peur et le bourrage de crâne intensif, constitue l’un des thèmes ayant largement inspiré l’écrivain. Sans pour autant chercher à passer pour le frondeur de la liberté intellectuelle, Bradbury voue un amour immodéré pour la culture, sous toutes ses formes, bien que la principale soit la littérature. Il arrive, par le biais d’une politique de dégoût et de désintérêt, à aliéner la population et à leur faire croire que les livres sont mauvais pour eux et qu’ils n’ont rien à leur apporter qu’ils ne savent déjà.

Les livres renferment la connaissance: brûlons-les !

Les pompiers, forme d’autorité pacifiste, se transforment alors en soldats du feu dans le vrai sens du terme. Bradbury a pensé à les utiliser à la suite d’une conversation avec le chef d’une caserne, qui a été le seul à lui fournir le degré Fahrenheit auquel le papier se consume, les scientifiques n’ayant jamais su lui répondre. Cette expérience semble expliquer facilement pourquoi l’écrivain renie tellement la science et cherche toujours à s’en défaire dans ses écrits d’anticipation car elle ne semblent pas la seule source d’explication du monde qui l’entoure et qu’elle est proportionnellement fiable à la confiance qu’on lui accorde.

On a pas inventé mieux que l’autodafé pour contester des écrits, à part brûler l’écrivain lui même…

Courtisé par le cinéma pour son aspect intergénérationnel social, Fahrenheit a été adapté par François Truffaut, fer de lance de la Nouvelle Vague française. Mais il continue d’inspirer (Equilibrium en est l’exemple le plus concret) et est encore d’actualité. Visionnaire et simple d’accès, le président du Festival de Cannes aura rendu un merveilleux hommage à l’écrivain en disant: « Ray Bradbury est parti retrouver François Truffaut pour lire ensemble à haute voix des livres qu’ils ont appris par cœur. » Un clin d’œil au final du roman tout autant qu’à l’amour immodéré de Bradbury pour le 6ème art.

Prometheus – Ridley Scott

Une affiche classe mais qui spoile un peu celui qui n’a pas vu la bande annonce…

Je plaide coupable ! Je n’ai pas fait mes devoirs avant d’aller voir Prometheus. Je ne me suis pas retapé intégralement la saga Alien. Et grand bien m’en fasse ! Car partir (presque) vierge de toute cette mythologie, c’est comme découvrir pour la première fois la signification du mot science-fiction. Ridley Scott nous pond un bijou de derrière les fagots dont lui seul a la secret. Un film efficace autant dans son traitement visuel (je n’ai jamais rien vu d’aussi beau et propre !) que scénaristique (c’est rempli de trouvailles intéressantes). Un boulot de titan pour un long métrage qui s’installe devant une quadrilogie cultissime, faisant naître et/ou renaître notre intérêt pour l’origine des Xénomorphes.

Les décors sont majestueux et la 2D est largement suffisante pour profiter du spectacle. Un travail d’orfèvre !

Et quand bien même le nom d’Alien ne vous dit absolument rien, Prometheus se regarde comme une œuvre unique, sachant toujours se détacher (hormis sur son final) de ses pairs (pères ?) et livrant un message évolutionniste terrifiant. Le casting est parfait en tout points, même Charlize Theron en maîtresse d’équipage coincée. Elle ne fait que subir l’exploration et ne parvient à asseoir son autorité et sa supériorité hiérarchique que par le biais de la violence. Michael Fassbender, quand à lui, est égal à lui même. Incarnant la perfection humaine, il donne non-vie (comprenne qui pourra…) à son personnage en gérant le moindre centimètre carré de son visage et de sa démarche. Une performance d’acteur exceptionnel qui effacerait presque celle de Noomi Rapace.

Dans l’espace, personne ne vous entend prier…

En ersatz du lieutenant Ripley dans le film originel, elle peine a devancer sa prédécesseure et à assurer en femme forte, même si une scène hardcore arrive à la mettre un tant soit peu sous les feux des projecteurs. Marchant dans les pas de Sigourney Weaver, sa prestation est un cran en deçà de mes attentes. Mais Ridley Scott n’est pas là pour épargner l’actoring féminin et chacune d’elles est obligée de se soumettre à la supériorité numérique masculine en montrant qu’elles sont faites dans le même moule qu’eux. Cette question existentialiste, qui reviendra sans cesse tel un leitmotiv et permettra aux explorateurs d’avancer dans leur quête de vérité et de savoir.

Le film pose énormément de questions, sans vraiment apporter toutes les réponses ? Le spectateur se doit de combler le vide.

Philosophique, poseur, frontal. Prometheus est tout ça à la fois. Et même si ses détracteurs lui reprocheront d’être trop lisse et propre sur lui, on ne pourra que leur demander s’ils n’aurait pas cracher sur le film s’il avait été tout l’inverse de ce qu’il est aujourd’hui. Des éternels insatisfaits aux fans déçus de la création du Xénomorphe (après tout, c’est juste du putain de sexe inter-espèces mais ça on le savait déjà), le film divise. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il est soit considéré comme une œuvre futuriste grandiose et porteuse d’un immense espoir dans le cinéma de genre, soit comme une daube intersidérale qui rabaisse Ridley Scott à un profiteur sans scrupules.

Bien qu’il soit très axé sur la papotte, Prometheus a son lot de scènes d’actions qui ravira les fans du genre.

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas peur de me ranger dans la première catégorie et je considère que Prometheus est un petit pas pour l’homme qui en est le géniteur, mais un grand pas pour le cinéma fantastique. Enjoy !

8,5/10

Tagué , , , ,

Kingdom Of Heaven (2005)

Comme quoi un acteur peut vous empêcher de regarder un film pendant très…très longtemps.

Ridley Scott, je l’aime bien. Je l’aime beaucoup même. Il est tout de même à l’origine de certains des films que j’admire le plus. Il aura ma reconnaissance éternelle pour avoir adapter Blade Runner à la perfection et ses films parlant fréquemment du destin d’un seul et unique homme auquel on s’identifie rapidement. C’était le cas de Gladiator et c’est également le cas de Kingdom Of Heaven qui récupère cette aura épique et héroïque. Mais Orlando Bloom étant tellement une erreur de casting, je ne lui ai pardonné que récemment (c’est à dire hier) en regardant le film. Autant il me l’aurait vendu avec Liam Neeson en personnage principal (qui est d’ailleurs magistral malgré sa présence très réduite et qui aura fait un meilleur Robin des bois que Russell Crowe) que j’y courrais les yeux fermés, autant utiliser le hurleur de midinettes fraîchement sorti de la saga Pirates des Caraïbes m’a paru être une insulte au scénario.

 » Ridley, faut qu’on parle… »

Et puis je me suis laissé aller à cette épopée guerrière fleurant bon la bravoure, l’honneur et tout ces thèmes chers au cinéaste. Et le sel a pris. Je ne sais pas si c’est le jeu quasi mutique et inexistant de Bloom qui l’a remporté mais je dois dire qu’il a su s’imposer là où je ne l’attendais pas vraiment, c’est à dire en héros vaillant et bienveillant sachant aussi bien manier l’esprit que l’épée. Même s’il aurait pu gagner en saveur épique, Kingdom of Heaven reste un spectacle saisissant, révélateur d’une envie terrible du réalisateur de brasser l’histoire dans ses grandes largeurs en la revisitant à sa manière. Même si le film fut un échec au box office américain, le reste du monde – et principalement l’Europe –  l’a accueilli à bras ouverts, les Américains jalousant ouvertement notre immense histoire, encore fortement enracinée dans les mémoires aujourd’hui.

Une charge héroïque sur fond de soleil couchant: ça donne envie de s’engager…ou de devenir croyant.

Les batailles, sanglantes et peuplées, sont beaucoup moins foutraques que dans Robin des bois, mais moins sauvages que dans Gladiator. On y perd en lyrisme là où on y gagne en lecture. C’est pourquoi le film est à cheval entre la réussite et le ratage. Heureusement que la trame principale, mettant en scène la rivalité de deux chefs d’armées espérant récupérer le trône de Jérusalem, est lourde et suffit à nous contenter. Eva Green, la princesse rebelle, est partagée entre son devoir conjugal et son amour pour sa ville. Les personnages sont très bien écrits, parfaitement développés et le rythme est savamment distillé entre batailles féroces et questionnements moraux.

La fuite en avant est le meilleur moyen de précipiter le destin des protagonistes. Ridley l’a parfaitement compris.

Agréablement surpris, je ne rechignerai plus à lorgner du côté des prochaines réalisations de monsieur Scott, que le casting me plaise ou non. Et puis après tout, est-ce que faire endosser le rôle du héros à un playboy ne permet pas à nos chères et tendres de regarder enfin à nos côtés un film de guerre ?

8/10

Tagué , , , , , ,
%d blogueurs aiment cette page :