La guerre éternelle – Joe Haldeman (1976)

L’un des fleurons du genre ? Peut être. Un chef d’œuvre d’écriture et d’inventivité ? A n’en point douter.

Lorsqu’on lit la quatrième de couverture et que l’on découvre que Joe Haldeman est diplômé de physique, d’astronomie et d’informatique et que l’on s’apprête à lire le roman phare de sa bibliographie, on se dit qu’on va en chier un maximum. Après plusieurs dizaines de pages avalées les unes après les autres, on se dit enfin qu’on a trouvé le meilleur professeur possible. L’auteur, en plus de nous expliquer des théories complexes que l’on comprend sans le moindre problème, réussit à rendre les sciences ludiques et concrètes. Il s’emploie, à chaque instant, à mêler le milieu scientifique et militaire grâce à une écriture tantôt fluide et concentrée autour d’une action précise, tantôt détachée et libérée de toutes contraintes pour nous expliquer le monde dans lequel cette action se situe. Et au vu des bribes de descriptions qu’il nous donne, nul doute que de nombreux écrivains ont été susceptibles de piocher dans cet univers incroyablement riche et original.

Un fan a croqué la carrière du soldat Mandella, de ses débuts en tant que troufion jusqu’à son apogée en tant que commandant. Le résultat est plutôt réussi et fidèle à l’idée qu’on peut s’en faire.

Mais les thèmes abordés ne sont que des moyens détournés pour l’écrivain, moyens qui lui permettront de faire un constat de son pays et de l’avenir qu’il lui réserve. La guerre est la meilleure manière de réunir une immense galerie de personnages et de les faire se confronter dans des espaces restreints. Et qui dit espace restreint dit vaisseau spatial qui, grâce à une unité de lieu, permet de faire vivre ses personnages. L’espace et la guerre nécessite l’appui de la science, qui va régir les conflits et relier les différentes époques entre elles. Et le personnage choisi pour servir de fil directeur est Mandella, un jeune fils de hippies né dans les années 70 et qui va traverser plus de 12 siècles grâce à une technologie des plus originales: les sauts collapsars. Ceux ci vous transportent à la vitesse de la lumière d’une extrémité à l’autre de la galaxie (les créateurs de la série Stargate n’ont rien inventé, le nom étant même repris en tant que base dans le roman).

Mis à part leurs tailles et leurs formes, très peu d’éléments décrivent les vaisseaux, laissant ainsi libre cours à l’imagination foisonnante du lecteur.

Pacifiste en diable, Mandella est donc un personnage rêvé pour rogner l’armée et ses fondements de l’intérieur. Il ne se bat que par souci de survie et non par intérêt communautaire ou patriotique, ce qui lui permet d’éviter le conditionnement mental et le bourrage de crâne intensif que leur fait subir l’Aenu, l’armée des Nations Unies. On le rencontrera peureux et innocent et on le quittera cynique et désabusé. Les différents parties, découpées en grade successif (Soldat, Sergent, Lieutenant et Commandant), permettent de brasser large la vision étalée de Mandella sur l’armée, vision bien entendu partagée par Joe Haldeman qui, par des interrogations directes au lecteur (il utilise le « tu » de temps en temps), s’invite à la fête et nous donne son opinion directement, bien qu’indirectement. Ridley Scott, friand de SF pure et dure, cherche tant bien que mal depuis des années à adapter au cinéma ce roman incroyable.

Les champs de batailles sont inhospitaliers et hostiles, ce qui n’est pas sans jouer sur le moral des troupes.

Bref, un génie de l’anticipation et de l’écriture, il l’est très certainement. Il emprunte à Orwell et à Huxley ce pessimisme ambiant dans les univers dystopiques et tend à l’appliquer à la Terre, soumise à de nombreux changements démographiques, culturels et sociaux. Mais la trame principale restera bien avant tout le champ de bataille qui, même avec des technologies de plus en plus inquiétantes et dévastatrices, restera éternellement le même: une arène de mort et de brutalité.

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Une réflexion sur “La guerre éternelle – Joe Haldeman (1976)

  1. Félix dit :

    Bel article sur un chouette bouquin !

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