Body Snatchers (1993)

Ferrara qui piétine les plates-bandes de Cronenberg, ça donne un petit bijou !

La fâcheuse habitude avec les réalisateurs qui abordent souvent les mêmes thèmes, c’est qu’on sait d’emblée où et dans quoi on met les pieds. Ferrara et la Big Apple, c’est une grande histoire d’amour. Alors quand il se décide à nous pondre un film de science-fiction qui a déjà eu les honneurs d’un remake, on se dit que lorsqu’il prend des risques, il fait pas les choses à moitié. Et c’est tout à son honneur d’avoir su franchir le pas car il nous livre une petite pépite à la plastique irréprochable. Je suis vierge de tout a priori sur ce film car je n’ai jamais vu ni l’original de Siegel, ni le remake de Kaufman.

Le moyen de propagation du virus des Body Snatchers met en exergue la puissance virale du SIDA, l’un des fléau majeurs reconnus à la fin des années 80.

C’est d’autant plus surprenant de voir une telle réussite tant Ferrara a su exploiter son sujet pour en livrer une œuvre qui rentre dans les thèmes qui lui sont le plus cher: la solitude et la différence. Différence car les extraterrestres et les êtres humains sont sensiblement identiques à peu de choses près qu’ils ne montrent aucune émotion. Solitude car une fois entouré de ces pâles copies, comment discerner le vrai du faux et reconnaître ces véritables alliés ? Le réalisateur ne cherche pas à nous donner la réponse mais pose la question sensible de savoir si l’on serait prêt à tuer un être hostile s’il occupe un corps que nous connaissons ou que l’on aimons.

La paranoïa s’installe partout, y compris dans l’esprit du spectateur.

La balance morale bascule lors d’une scène où la jeune Marti ordonne à Tim de tuer son père, persuadé qu’il est possédé comme tous les autres. Comment déceler le vrai du faux dans cette paranoïa ambiante ? Comment être sûr que nous connaissons parfaitement la façon dont pourrait agir un membre de sa famille en état de stress ou de panique ? La scène est à elle seule révélatrice du pessimisme ambiant dans l’intégralité de la filmographie de Ferrara, montrant avec des images chocs que l’individualisme semble être le seul moyen de sauver sa peau.

« 1…2…3…SOLEIL !!! »

Flirtant avec sa caméra, il nous livre des plans séquences voluptueux, dans un format Scope sublime où la lumière semble savoir mieux que nous discerner le bien du mal. Jamais la mise en scène du réalisateur aura été aussi belle, aussi lente et aussi maîtrisée. La bande son, angoissante et remémorant les plus grandes œuvres fantastiques, celles de Big John en tête, colle parfaitement aux images flippantes et aux regards perdus et vides des Body Snatchers. Un essai qu’il me tarde de voir transformé !

8,5/10

Publicités
Tagué , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :