Archives Mensuelles: mai 2012

Suspiria (1977)

« Sans puissance, la maîtrise n’est rien ». Ca s’applique aussi au cinéma !

Avant toute chose, je ne suis pas un fervent admirateur du cinéma de Dario Argento. Entendez par là que je n’ai vu que 3 de ses films et que de ce fait, il ne me sera impossible de mettre en parallèle Suspiria avec le reste de sa filmographie. Cependant, si mon avis compte pour quelque chose et qu’un œil novice en la matière peut s’y attarder, j’ai trouvé ça très surfait. Le film se trimballe une étiquette de chef d’œuvre et j’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé la raison d’un tel emballement.

Le taxi est la seule difficulté linguistique que la jeune danseuse va rencontrer.

Faisant d’abord le tour des choses qui font que l’on doit s’attarder sur Suspiria. Les jeux de lumières et de couleurs sont vraiment impressionnants. L’univers visuel tend à transformer une simple histoire d’épouvante en véritable conte morbide. Alice aux pays des horreurs. Les acteurs sont relativement bons même si je n’ai pas du tout aimé le parti pris pour les dialogues: une Américaine vient étudier la danse en Allemagne et tout le monde parle…italien ! Arrêtez moi si je me trompe mais est-ce que la barrière de langue ou les mauvaises prononciations de dialogues en anglais n’aurait pas pu renforcer l’immersion du spectateur et permettre de jouer sur des quiproquos entre ce que voit la jeune danseuse et ce qu’elle comprend ? Mais les critiques sont pour plus tard… La musique minimaliste joue parfaitement son rôle et amène une ambiance pesante dans cette académie aux couloirs sombres et couleur sang. La mise en scène est certainement le point fort du film avec de multiples travellings fluides et aériens et une photo irréprochable.

Le rouge est la couleur la plus prononcée tout au long du film. Elle apparaît dès le début, dans l’aéroport.

Mais justement ! Est-ce qu’il faut enchaîner les plans incroyablement beaux et aligner les photos les plus extraordinaires pour faire d’un simple film un chef d’œuvre ? Car simple, il l’est dans son traitement et son scénario, qui est somme toute assez basique. Mais ça n’est pas le point négatif du film. De nombreux autres scénarios minimalistes sont nés des chefs d’œuvres intemporels. Il est juste étrange que Suspiria se pose comme l’un des meilleurs films horrifiques de tout les temps alors que la fin est complètement bâclée. Malgré la rapidité avec laquelle la jeunette se charge de la sorcière, on ne peut qu’admirer tout le travail de fond, les jeux d’ombres, le suspense creshendo et le thème principal qui revient comme pour nous hanter. Mais poser les bases de son film sur une sorcière qui occuperait l’établissement et torcher en 5 minutes le final, c’est juste du foutage de gueule.

Tout ça pour ça ?! Et puis tout s’écroule, comme le film…

Non sans rire, c’était une idée originale de prendre une histoire de fantôme (en l’occurrence de sorcière), le genre d’histoire que l’on raconte au coin d’un feu dans les bois, et d’en faire un long métrage. Mais si c’est pour que le soufflé retombe aussi vite qu’il est monté, on ne peut qu’en rire. Et même si l’image du zombie armé d’un couteau restera culte et a hanté ma nuit, ça reste peu pour s’attirer une telle réputation, d’autant plus que s’il s’agit d’un des meilleurs films du réalisateur, ça me donne moyennement envie de voir la suite…

6,5/10

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Aragami (2003)

La jaquette aurait déjà du me prévenir…

Oh putain comment c’était pourri et long. 1h18 pour un sujet qui serait idéal pour un court métrage de 15 minutes. Kitamura allonge ses plans à l’infini pour donner à son film un semblant de poésie et de style mais je n’ai pas été dupe. Derrière ce concept intéressant se cache une véritable bouse. Et pourtant, il y avait nettement moyen d’obtenir quelque chose de potable. Le projet est en lui même une sorte de défi où le réalisateur a de multiples contraintes de réalisation et d’écriture: 2 ou 3 personnages, tournage de 7 jours, un seul endroit et l’un des personnages doit mourir. Il aurait mieux fait de laisser crever le réalisateur et j’aurais gagné une heure et demie de vie (mais je n’aurais pas vu Versus et Azumi…)

2/10

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La guerre éternelle – Joe Haldeman (1976)

L’un des fleurons du genre ? Peut être. Un chef d’œuvre d’écriture et d’inventivité ? A n’en point douter.

Lorsqu’on lit la quatrième de couverture et que l’on découvre que Joe Haldeman est diplômé de physique, d’astronomie et d’informatique et que l’on s’apprête à lire le roman phare de sa bibliographie, on se dit qu’on va en chier un maximum. Après plusieurs dizaines de pages avalées les unes après les autres, on se dit enfin qu’on a trouvé le meilleur professeur possible. L’auteur, en plus de nous expliquer des théories complexes que l’on comprend sans le moindre problème, réussit à rendre les sciences ludiques et concrètes. Il s’emploie, à chaque instant, à mêler le milieu scientifique et militaire grâce à une écriture tantôt fluide et concentrée autour d’une action précise, tantôt détachée et libérée de toutes contraintes pour nous expliquer le monde dans lequel cette action se situe. Et au vu des bribes de descriptions qu’il nous donne, nul doute que de nombreux écrivains ont été susceptibles de piocher dans cet univers incroyablement riche et original.

Un fan a croqué la carrière du soldat Mandella, de ses débuts en tant que troufion jusqu’à son apogée en tant que commandant. Le résultat est plutôt réussi et fidèle à l’idée qu’on peut s’en faire.

Mais les thèmes abordés ne sont que des moyens détournés pour l’écrivain, moyens qui lui permettront de faire un constat de son pays et de l’avenir qu’il lui réserve. La guerre est la meilleure manière de réunir une immense galerie de personnages et de les faire se confronter dans des espaces restreints. Et qui dit espace restreint dit vaisseau spatial qui, grâce à une unité de lieu, permet de faire vivre ses personnages. L’espace et la guerre nécessite l’appui de la science, qui va régir les conflits et relier les différentes époques entre elles. Et le personnage choisi pour servir de fil directeur est Mandella, un jeune fils de hippies né dans les années 70 et qui va traverser plus de 12 siècles grâce à une technologie des plus originales: les sauts collapsars. Ceux ci vous transportent à la vitesse de la lumière d’une extrémité à l’autre de la galaxie (les créateurs de la série Stargate n’ont rien inventé, le nom étant même repris en tant que base dans le roman).

Mis à part leurs tailles et leurs formes, très peu d’éléments décrivent les vaisseaux, laissant ainsi libre cours à l’imagination foisonnante du lecteur.

Pacifiste en diable, Mandella est donc un personnage rêvé pour rogner l’armée et ses fondements de l’intérieur. Il ne se bat que par souci de survie et non par intérêt communautaire ou patriotique, ce qui lui permet d’éviter le conditionnement mental et le bourrage de crâne intensif que leur fait subir l’Aenu, l’armée des Nations Unies. On le rencontrera peureux et innocent et on le quittera cynique et désabusé. Les différents parties, découpées en grade successif (Soldat, Sergent, Lieutenant et Commandant), permettent de brasser large la vision étalée de Mandella sur l’armée, vision bien entendu partagée par Joe Haldeman qui, par des interrogations directes au lecteur (il utilise le « tu » de temps en temps), s’invite à la fête et nous donne son opinion directement, bien qu’indirectement. Ridley Scott, friand de SF pure et dure, cherche tant bien que mal depuis des années à adapter au cinéma ce roman incroyable.

Les champs de batailles sont inhospitaliers et hostiles, ce qui n’est pas sans jouer sur le moral des troupes.

Bref, un génie de l’anticipation et de l’écriture, il l’est très certainement. Il emprunte à Orwell et à Huxley ce pessimisme ambiant dans les univers dystopiques et tend à l’appliquer à la Terre, soumise à de nombreux changements démographiques, culturels et sociaux. Mais la trame principale restera bien avant tout le champ de bataille qui, même avec des technologies de plus en plus inquiétantes et dévastatrices, restera éternellement le même: une arène de mort et de brutalité.

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Crossing Guard (1995)

Jack Nicholson, c’est quand même un putain de bon acteur !

Partir au front avec un sujet aussi délicat, ça passe ou ça casse. Mais ça semble être la came de Sean Penn qui se jette à cœur perdu dans la bataille. On se dit que le tire-larmes n’est pas loin et qu’il en faudra peu pour sombrer dans la facilité sauf qu’il ne franchit jamais là limite, celle qui différencie un mauvais film d’un chef d’œuvre. Et l’on peut facilement ranger Crossing Guard dans la catégorie des masterpieces.

Les nuits sont agitées et dépressives. Les journées sont calmes et relaxantes.

Tout comme les décors, les deux acteurs principaux se tournent autour et s’affrontent telle une thèse et son antithèse. Le casting est impeccable et judicieux. Opposé Jack Nicholson, un acteur au charisme débordant et au visage terriblement flippant incarnant un père à la morale vacillante et David Morse, une carrure impressionnante mais un homme qui fait preuve de tempérance et d’un incroyable recul sur le drame qui les touchent est une idée de génie. D’autant plus qu’il s’agit de deux excellents acteurs qui mettent au service leur personnages une personnalité forte en quelques gestes ou expressions.

Nicholson traîne son fantôme tel un pauvre hère dans des ruelles sordides, noyant son chagrin dans des bouteilles d’alcool.

Le film pose une question primordiale concernant la vengeance personnelle: peut-on réussir à pardonner à un inconnu qui a gâché toute votre vie et celle de vos proches ? Il faut faire preuve d’une certaine forme de courage pour accepter son sort et continuer d’avancer mais c’est également le cas de la prise d’arme et de la vendetta. Et même si le sujet, proche et tout aussi touchant que dans Mystic River, et brûlant, il n’en reste pas moins maîtrisé de but en bout par des accès de fureur calculés et un scénario absolument limpide et efficace.

Les scènes où l’émotion est palpable sont légion mais on ne s’y habitue jamais.

Allant même jusqu’à me faire couler une larme lors de la scène finale, Crossing Guard arrive à nous faire réfléchir, nous émouvoir et nous divertir (ça reste tout de même un film) en même temps. J’ai beaucoup apprécié la dédicace à Bukowski qui, en y repensant, transparaît dans le personnage de Freddy incarné par Nicholson. Sean Penn montrait déjà avec son deuxième film derrière la caméra, qu’il allait être un réalisateur qui compte.

9/10

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The Best Exotic Marigold Hotel – John Madden

« Allo, patron ? J’aimerais poser des congés sans soldes…combien de temps ? Euh 3 mois… »

On a beau trouver mythique le flegme et l’humour britannique mais tous les acteurs de ce film en font preuve. Il est difficile à première vue d’apprécier un long métrage où les protagonistes sont tous âgés de plus de 60 ans. D’un part, ça ne nous parle absolument pas et leurs problèmes ne sont pas les nôtres. D’autre part, ils sont âgés et on a tendance à croire (à tort ?) que ce même âge va plomber l’ambiance du film. Mais si les personnages sont tous écrits avec énormément de sensibilité, de justesse et d’humour, alors leur âge avancé ne fait aucune différence car le spectateur n’y voit que des êtres humains comme lui et le reste de la salle.

Ils devaient distribuer des brochures pour des maisons de retraite dans le bus.

Même si le début est assez maladroit, il est inévitable. La galerie de personnages principaux est tellement importante que ce briefing explicatif a tout à fait sa place. Commencer le film par leur arrivée à l’aéroport aurait amené un rythme plus soutenu mais nous ne nous serions pas accrochés autant à certaines personnes (mention spéciale à Ronald Pickup et Maggie Smith). Et dès leur arrivée en Inde, la magie des décors opère. Les sons, les saveurs, les lumières, les odeurs. Ce sont nos cinq sens qui sont émerveillés par la beauté des lieux. Et si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais pris un billet aller pour l’Inde dès la sortie de la salle.

Un p’tit coup de peinture et c’est comme neuf…

On est d’autant plus sensibles à leur arrivée qu’ils galèrent autant que nous lorsque nous allons dans un pays lointain et totalement étranger. Qu’ils rencontrent les mêmes problèmes que n’importe quel touriste et que leur âge n’a aucune influence sur leur perception de la richesse (et de la pauvreté) qui s’offre à leurs yeux. Chacun à une personnalité propre, bien trempée et on y retrouve un prisme de sentiments et de caractères qui régissent principalement le monde et qu’on retrouve en grande majorité chez n’importe qui d’autre. En tout cela, ils ne sont pas bien différents de nous tous si ce n’est qu’ils jouent à la perfection.

Même si la pauvreté a élu domicile dans chacune des rues de la ville, les sourires et les rires reflètent une joie de vivre incommensurable.

Car pour atteindre le cœur du public et jouer ce genre de sentiments sans sombrer dans le vulgaire pathos, il faut s’accrocher. On aurait très bien pu sombrer dans la farce tragicomique subventionnée par une agence de voyages mais on voit que Madden prend à cœur tous les problèmes inhérents à la vieillesse et qu’il fait du remords et du regret ses chevaux de bataille. Il est rare de voir des longs métrages mettant en scène des sexagénaires. Il est d’autant plus rare d’en voir des réussis. The Best Exotic Marigold Hotel fait sans contexte partie de ceux là.

8,5/10

La vue du Gange dure à peine cinq secondes. On peut aisément dire qu’il évite les clichés du film de voyages.

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