Entre le ciel et l’enfer (1963)

Premier rencontre avec Kurosawa: le coup de foudre est né !

Entre le ciel et l’enfer, il y a les hommes. Et c’est cette nature humaine que dépeint avec justesse Kurosawa. En personnifiant la richesse et la pauvreté, l’opulence et la misère, il arrive à créer un climat de tension entre ses deux forces que tout oppose. A l’instar du titre du film, les hommes assistent, impuissants, à cette bataille qui les dépasse mais, par pur choix moral, se doivent de choisir un côté. Les hommes, représentés par l’inspecteur Tokura en chef de file, se rangeront du côté du plus riche.

Victoire de la richesse sur la pauvreté: une happy end ?

Mais le génie du scénario, c’est que le riche se transformera au fur et à mesure en pauvre. Et c’est tout un combat de conscience qui se joue: la victime, aussi riche soit-elle au départ, représentait-elle le Ciel ou l’Enfer ? Et une fois le choix fait, est-ce que son appartenance change en fonction de sa fortune ? Kurosawa amène toute une problématique évangélique, dissimulée derrière une intrigue policière aux petits oignons. Scorsese ne tarit pas d’éloge sur le réalisateur et on comprend facilement pourquoi. La précision des mouvements de caméras, les choix de mise en scène, la qualité des plans et des arrières plans. Kurosawa est un véritable artiste et à la hauteur de ce que j’ai aperçu du bonhomme, ces films semblent être des toiles de maître. Des toiles avec des fonds historiques, sociaux ou culturels.

Seul deux ou trois policiers se démarquent et ne jouent pas de façon théâtral.

Derrière l’aspect de pur polar se dessine un portrait du Japon de l’époque. Un Japon qui n’accordait que peu d’intérêt aux affaires de kidnappings et où la crasse et la déchéance côtoyait ouvertement le luxe. Il suffit de voir la ville dans laquelle se situe l’action, la maison du riche industriel surplombant la misère et narguant le petit peuple. Le film se découpe en deux parties bien distinctes. L’une, théâtrale à souhait et se déroulant en huis-clos, oppose le kidnappeur à sa victime par appels téléphoniques. Appels entrecoupés de questionnements moraux et de choix psychologiques. La seconde partie voit l’entrée en scène de la police, transformant ainsi un huis-clos dramatique en polar urbain, redonnant dès lors un second souffle à l’œuvre (2h20 de parlotte dans un appartement, ça aurait été trop long).

Certains plans relèvent tout simplement du chef d'oeuvre.

Mais alors que l’enquête semble aboutir à une fin heureuse, le dernier dialogue fait naître un sentiment de culpabilité envers l’industriel: coupable d’être riche, d’avoir réussi, de n’être tourné que sur soi même. En agissant de la sorte, le kidnappeur a fait naître un sentiment jusqu’alors inconnu à sa victime: la compassion. Cette dernière scène, clôturée par un plan final d’un pessimisme violent, range ce film parmi l’un des plus grands qu’il m’ait été donné de voir.

9,5/10

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