Archives Mensuelles: avril 2012

The Square (2009)

Un thriller noir comme on en voit plus beaucoup.

Nash Edgerton, je l’ai donc connu par l’intermédiaire de ses courts métrages, où l’on retrouvait déjà cette envie de faire un cinéma réaliste, frontal et teinté d’humour noir. Maîtrisant de manière incroyable sa caméra, toujours à l’affût de trouvailles visuelles intéressantes et de raccourcis sympathiques pour l’amateur, The Square représente donc son bac à sable (ok, elle était facile celle-là) où il a entassé tous ses jouets (son frère, son humour, son Australie natale,…) et où il s’amuse à nous prouver avec brio que le pays des kangourous recèlent de merveilleuses pépites, à l’instar d’un Wolf Creek.

Le casting est la pierre angulaire du film. Tous les acteurs sont très bons.

D’emblée, on pense aux frères Coen et à leur premier film, Blood Simple, tout aussi noir et poisseux que celui-ci. The Square poursuit la route de ses prédécesseurs, suivant prudemment les balises disposées ça et là pour éviter de sombrer ou dans le pathos, ou dans le ridicule (« pléonasme », me dit-on à ma droite…). Utilisant intelligemment les procédés du film choral, chaque personnage entremêle son destin à celui qui fait figure de protagoniste, Ray, un mari infidèle qui tente de refaire sa vie avec une jeune femme. Leur liaison sera la cause de tout un enchevêtrement de situations tragiques, où plus on avance et plus on s’enfonce dans les ennuis. Mais la solution de l’immobilisme n’est pas la meilleure non plus et Ray devra faire des choix complexes pour s’en sortir.

L'ensevelissement, encore un thème récurrent du film noir moderne.

Le scénario, aux petits oignons, aligne les bonnes idées et ne fait jamais fausse route, malgré de nombreux rebondissements. J’ai adoré l’image du chien qui meurt en traversant la rive, véritable allégorie de ce qui arrive au personnage principal. Un véritable coup de cœur car j’ai écrit il y a de ça quelques années une nouvelle dans le même genre, mais où le nombre de personnages et de situations était tout de même plus restreint. Alors peut être que je ne suis pas assez objectif quand à la qualité de ce film mais pour ma part, c’est une excellente bobine à ranger bien au chaud.

9,5/10

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Avengers – Joss Whedon

Entrée dans la salle: 25 ans. Sortie de la salle: 10 ans. Rajeunir de 15 ans en 2h30, ça coûte 10€.

Et non, je ne vais pas vous parler d’une nouvelle adaptation de Chapeau melon et bottes de cuir, bien que ça ne ferait pas de mal à l’original d’être revu et corrigé. Vous l’aurez compris grâce à l’image, il s’agit du film réunissant les super-héros les plus mastards de Marvel. Ici, rien à voir avec le pendant de chez DC Comics et leur Ligue des Justiciers, les Avengers ont tous un caractère bien trempé, n’ont pas l’esprit d’équipe (sauf Captain America qui se verra refoulé de nombreuses fois par les autres) et ont une idée très personnelle du pouvoir et de la façon dont il faut l’utiliser.

- "Merde, Thor, je t'avais dit qu'il fallait prendre à gauche après le rond point pour rejoindre la salle des fêtes..."

Leurs égos surdimensionnés, à commencer par celui de Tony Stark/Iron Man, donnent lieu à des scènes comiques, où l’humour est certes enfantin par moments, mais hilarants à d’autres moments. Jamais les protagonistes ne se parlent sérieusement et jamais ils ne s’écoutent attentivement. Cette confrontation des idéaux est parfaitement décrite dans le combat qui oppose Thor, Iron Man et Captain America. Différentes époques et univers doivent fusionner pour combattre un ennemi commun, ce qui n’est pas de tout repos. Des clans se forment à bord du vaisseau du Shield, équipage mené par un Nick Fury aux intentions aussi ambiguës qu’étranges.

Scarlett en combinaison de cuir moulante, affichant un air sérieux du début à la fin, ça m'excite...

Mais malgré tout, chacun trouve sa place au sein de l’équipe et chaque héros à son instant de bravoure, aidé par une mise en scène soignée, dont je n’aurais pas cru Joss Whedon capable. Passer de Buffy contre les vampires à un blockbuster de plus de 220 millions de dollars, attendu par une communauté planétaire de fans, ça a de quoi mettre la pression et l’envie de se procurer une assurance vie. Car même si les films mettant en avant chaque personnage était d’une qualité passable à excellente, The Avengers ne pouvait décemment pas se reposer sur ses lauriers et se contenter de réunir une belle brochette de héros, et plus particulièrement d’acteurs.

Mention spéciale à Hulk qui vole la vedette à tous les autres.

Le hic provient de Mark Ruffalo, remplaçant d’Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner/Hulk. On a vraiment l’impression qu’il n’a pas sa place au sein du groupe et qu’il se sent lésé d’une adaptation. Une pirouette intelligente a donc été trouvé en faisant de Hulk un personnage attachant mais bourrin, cruel mais drôle. Il est celui qui se démarque le plus alors qu’il ne balance que deux mots lorsqu’il est transformé. Contrairement à Iron Man, c’est le super-héros qui mériterait qu’on s’attarde sur sa façon de contenir sa forme bestiale, ses peurs et ses faiblesses.

- "Joss, file-moi mon script. Il doit y avoir une erreur: j'ai que 3 pauvres répliques !"

Belle réussite donc, qui présage du meilleur pour la suite de la licence ainsi que de la carrière du réalisateur. Le seul bémol provient de la bande originale qui aurait pu être beaucoup plus épique avec des pointes d’orchestre pour réalimenter la toile de fond nazi, des envolées lyriques pour les décollages de l’homme d’acier et les mano à mano du Dieu de la foudre ainsi que des grosses percussions pour les matraquages de Hulk. Reste aussi un scénario très prévisible et manichéen au possible mais bon, faut satisfaire le plus large public.

8/10

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Zombie King and the legion of doom (2003)

Ne cherchez pas de quel comic book c'est tiré, je cherche encore moi même...

Bon ok là, je l’ai un peu cherché. Avec un titre comme ça, j’aurais du me douter que ça casserait pas trois pattes à un canard. Mais pour ma défense, y’a marqué « Georges A. Romero présente… » et je me suis dit que si le père des zombies avait posé les yeux sur ce projet, il pouvait en ressortir quelque chose d’assez jubilatoire. Le pitch étant des catcheurs luttant contre une armée de zombies, y’avait moyen de se taper une bonne tranche de rigolade. Mais il n’en est rien. La faute à un casting qui ferait pâlir d’envie les producteurs de Plus belle la vie (ouais, je sais, je tape toujours sur eux mais bon ils le méritent non ?), à des dialogues écrits sur du papier toilette usagé et à des plans complètement what the fuck que ne renierait pas Gaspard Noé. Du navet de compet !

1/10

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Pusher (1996)

Bon ok là ça fait tract de concert de rap mais faut jamais se fier aux apparences...

Nicolas Winding Refn, beaucoup l’ont découvert par le biais de Drive, chef d’œuvre rassembleur de toute une génération nourrie à la culture pop. Mais il faut savoir que le gusse a été nourri à la bonne péloche. Au vu de la qualité d’écriture du scénario et du développement des personnages, on pense automatiquement à Scorsese et ses galeries de gangsters qui cache un cœur comme tout le monde.  La magnificence en moins. Car là où tonton Marty dépeignait des hors-la-loi plutôt classes et auquel on aurait presque envie de ressembler, Refn fait dans la le réalisme craspec. Ses gangsters ont la vie dure, accumulent les petits deals pour survivre et n’ont quasiment pas de domicile fixe.

Remplacez Kim Bodnia par John Travolta et vous obtenez un plan à la Pulp Fiction !

On est donc loin de l’image du dealer embourgeoisé entouré de jolis minois. Les négociations se font à l’arrière d’un kebab et les deals sont faits sous le manteau, dans des ruelles étroites ou des banquettes arrière de voiture. Cette volonté de coller au réalisme du quotidien de Frankie est d’autant plus mis en avant que le réalisateur filme le tout caméra à l’épaule. Les scènes dialoguées acquièrent donc une tension incroyable, qui n’aurait pas opérée s’il avait choisi une mise en scène classique. On ressent déjà chez Refn un réel talent dans la direction d’acteurs. Aucun jeu mineur et la rythmique des dialogues est pensée à la seconde près. On regrettera juste la disparition trop soudaine de Mads Mikkelsen qui apportait une touche supplémentaire de folie à l’histoire.

7,5/10

PS: en cadeau, le poster teaser du remake produit par Refn.

Ca peut donner car l'original est nettement améliorable.

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Entre le ciel et l’enfer (1963)

Premier rencontre avec Kurosawa: le coup de foudre est né !

Entre le ciel et l’enfer, il y a les hommes. Et c’est cette nature humaine que dépeint avec justesse Kurosawa. En personnifiant la richesse et la pauvreté, l’opulence et la misère, il arrive à créer un climat de tension entre ses deux forces que tout oppose. A l’instar du titre du film, les hommes assistent, impuissants, à cette bataille qui les dépasse mais, par pur choix moral, se doivent de choisir un côté. Les hommes, représentés par l’inspecteur Tokura en chef de file, se rangeront du côté du plus riche.

Victoire de la richesse sur la pauvreté: une happy end ?

Mais le génie du scénario, c’est que le riche se transformera au fur et à mesure en pauvre. Et c’est tout un combat de conscience qui se joue: la victime, aussi riche soit-elle au départ, représentait-elle le Ciel ou l’Enfer ? Et une fois le choix fait, est-ce que son appartenance change en fonction de sa fortune ? Kurosawa amène toute une problématique évangélique, dissimulée derrière une intrigue policière aux petits oignons. Scorsese ne tarit pas d’éloge sur le réalisateur et on comprend facilement pourquoi. La précision des mouvements de caméras, les choix de mise en scène, la qualité des plans et des arrières plans. Kurosawa est un véritable artiste et à la hauteur de ce que j’ai aperçu du bonhomme, ces films semblent être des toiles de maître. Des toiles avec des fonds historiques, sociaux ou culturels.

Seul deux ou trois policiers se démarquent et ne jouent pas de façon théâtral.

Derrière l’aspect de pur polar se dessine un portrait du Japon de l’époque. Un Japon qui n’accordait que peu d’intérêt aux affaires de kidnappings et où la crasse et la déchéance côtoyait ouvertement le luxe. Il suffit de voir la ville dans laquelle se situe l’action, la maison du riche industriel surplombant la misère et narguant le petit peuple. Le film se découpe en deux parties bien distinctes. L’une, théâtrale à souhait et se déroulant en huis-clos, oppose le kidnappeur à sa victime par appels téléphoniques. Appels entrecoupés de questionnements moraux et de choix psychologiques. La seconde partie voit l’entrée en scène de la police, transformant ainsi un huis-clos dramatique en polar urbain, redonnant dès lors un second souffle à l’œuvre (2h20 de parlotte dans un appartement, ça aurait été trop long).

Certains plans relèvent tout simplement du chef d'oeuvre.

Mais alors que l’enquête semble aboutir à une fin heureuse, le dernier dialogue fait naître un sentiment de culpabilité envers l’industriel: coupable d’être riche, d’avoir réussi, de n’être tourné que sur soi même. En agissant de la sorte, le kidnappeur a fait naître un sentiment jusqu’alors inconnu à sa victime: la compassion. Cette dernière scène, clôturée par un plan final d’un pessimisme violent, range ce film parmi l’un des plus grands qu’il m’ait été donné de voir.

9,5/10

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