Méridien de sang – Cormac McCarthy (1985)

Une épopée violente à travers les Etats-Unis du début du XIXème siècle.

Je savais à quoi m’attendre en me plongeant de nouveau dans un McCarthy. Après avoir lu No Country For Old Men, La route et L’obscurité du dehors, sa syntaxe étrange et son style aride n’aurait pas du me déranger. Pas ou peu de virgules, des dialogues ancrés dans la narration débordant de conjonction de coordination et des phrases longues comme le bras. Il m’aura tout de même fallu les 200 premières pages pour me réhabituer à ça. Lire un roman de cet écrivain passionnant, c’est une véritable expérience qui demande persévérance et concentration. Mais quand on a réussit à s’atteler au train de son imagination débordante, le voyage a beau être chaotique, les paysages décrit restent à jamais gravés dans la mémoire.

Les hors-la-loi que l'on suit au fil du roman sèment les corps comme autant de petits cailloux qui leur permettront de trouver le chemin de la rédemption.

Le western est sans nul doute ce que maîtrise le mieux cet écrivain. Qu’il soit apocalyptique, urbain ou traditionnel, ses personnages sont comme des poissons dans l’eau dans ces univers sombres et violents, leurs vies ne tenant qu’à un fil. On retrouve les thèmes qui lui sont chers: l’honneur, la fraternité et le sang. Car les pages en sont maculés et elles collent aux doigts du lecteur au fur et à mesure que les cadavres s’empilent et ce jusqu’à ce que le massacre orchestré par Le Juge et sa clique prenne fin. On comprend mieux que l’un des titres proposés par l’auteur avant d’opter pour Blood Meridian soit The Evening Redness In The West. La couleur rouge est omniprésente et est le porte-étendard de cette fratrie désenchantée et patriote. Des frères de sangs, d’armes et d’infortunes, voila ce que représente la vingtaine de personnages qui compose cette horde sauvage.

Les escarmouches dépeintes dans le roman sont toutes plus violentes les unes que les autres.

Chasseurs de scalps, de primes ou de bétail, aucun des hommes n’a le courage de stopper la folie meurtrière du Juge. Charismatique à souhait, intelligent, vif et cruel, il est l’antihéros qui ternit le mythe américain et transforme les tueries perpétrées au nom de l’Amérique sur les tribus indiennes en vulgaires génocides. Comparés à des rixes entre bêtes assoiffées de sang, les combats armés entre cow-boys et Indiens sont écœurants de réalisme. Décapitations, viols de toutes sortes, éviscérations et mutilations, McCarthy ne nous épargne aucun détail de cette horreur. La suggestion étant plus forte que tout, c’est avec l’estomac au bord des lèvres que l’on poursuit la lecture.

La pendaison apparaît comme la sentence la plus rapide et la moins douloureuse.

Renouant avec les mêmes démons que dans ses autres romans (on a toujours une scène où un enfant en bas âge meurt de manière horrible), le point de vue de l’enfant, protagoniste du roman, est ponctué d’images choquantes et qui le forgeront à jamais. L’Enfant qui, tout au long du livre, reste dans le giron du Juge est enfin appellé L’Homme dans le dernier chapitre, ne laissant aucun espoir quand à son destin funeste et parsemé de futurs cadavres. La dernière phrase parle d’elle même (« Il dit qu’il ne mourra jamais. »), Le Juge ayant malheureusement déteint sur l’esprit du jeune garçon. Une fin pessimiste au possible, dans la plus pure lignée de ce à quoi nous a habitué le Sudiste.

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Une réflexion sur “Méridien de sang – Cormac McCarthy (1985)

  1. Merci pour cette très jolie chronique. Vous m’avez donné envie de relire ce roman.
    Si vous êtes comme moi un admirateur de McCarthy, il faudrait que vous tentiez de lire Un enfant de Dieu, je l’ai trouvé vraiment splendide. (ma critique: http://hermitecritique.wordpress.com/2011/12/15/5/)
    Cordialement,
    L’Hermite

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