Archives Mensuelles: mars 2012

Le point de non-retour (1967)

Sèche et sans concessions, la violence du film n'est jamais gratuite.

Le parallèle avec Payback est vraiment étrange. D’un côté le remake de Brian Helgeland tire vers la comédie mafieuse, avec de l’humour noir omniprésent et de l’autre la perle de John Boorman est frontale, brutale et jamais drôle. le scénario, minimaliste, permet au réalisateur de s’exprimer artistiquement avec des trouvailles visuelles étonnantes et une narration déstructurée encore jamais vue au cinéma (mais que c’est largement réapproprié Tarantino).

Plus le film avance et moins Walker accordera sa confiance.

Scénario minimaliste, Lee Marvin cherche à toux prix à remettre la main sur l’argent qui lui a été volé. Sa persévérance fait peur, son visage crispé décuple son charisme et son intelligence fait froid dans le dos. L’Organisation a entubé le mauvais gars et le paye au centuple. Cependant, si on avait accédé à sa demande, y aurait-il eu autant de morts sur son passage ? Car le génie du personnage, c’est de ne tuer personne tout au long du film. Telle la Faucheuse, les gangsters trépassent lors de leur rencontre avec Walker.

- "Walker, je sais que ton frère est Texas Ranger mais s'il te plaît, ne fais pas appel à lui. On peut s'arranger entre nous, non ? Pitié !"

Faut-il y voir une quelconque parabole, les flashbacks de ses actes post-mortem ressemblant à un kaléidoscope de violence. Walker est un ange déchu, cherchant le repos éternel en se vengeant des hommes responsables de son meurtre et retournant au royaume des ombres dans un final sous pression. Boorman a encore frappé là où ça fait mal !

9/10

 

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Méridien de sang – Cormac McCarthy (1985)

Une épopée violente à travers les Etats-Unis du début du XIXème siècle.

Je savais à quoi m’attendre en me plongeant de nouveau dans un McCarthy. Après avoir lu No Country For Old Men, La route et L’obscurité du dehors, sa syntaxe étrange et son style aride n’aurait pas du me déranger. Pas ou peu de virgules, des dialogues ancrés dans la narration débordant de conjonction de coordination et des phrases longues comme le bras. Il m’aura tout de même fallu les 200 premières pages pour me réhabituer à ça. Lire un roman de cet écrivain passionnant, c’est une véritable expérience qui demande persévérance et concentration. Mais quand on a réussit à s’atteler au train de son imagination débordante, le voyage a beau être chaotique, les paysages décrit restent à jamais gravés dans la mémoire.

Les hors-la-loi que l'on suit au fil du roman sèment les corps comme autant de petits cailloux qui leur permettront de trouver le chemin de la rédemption.

Le western est sans nul doute ce que maîtrise le mieux cet écrivain. Qu’il soit apocalyptique, urbain ou traditionnel, ses personnages sont comme des poissons dans l’eau dans ces univers sombres et violents, leurs vies ne tenant qu’à un fil. On retrouve les thèmes qui lui sont chers: l’honneur, la fraternité et le sang. Car les pages en sont maculés et elles collent aux doigts du lecteur au fur et à mesure que les cadavres s’empilent et ce jusqu’à ce que le massacre orchestré par Le Juge et sa clique prenne fin. On comprend mieux que l’un des titres proposés par l’auteur avant d’opter pour Blood Meridian soit The Evening Redness In The West. La couleur rouge est omniprésente et est le porte-étendard de cette fratrie désenchantée et patriote. Des frères de sangs, d’armes et d’infortunes, voila ce que représente la vingtaine de personnages qui compose cette horde sauvage.

Les escarmouches dépeintes dans le roman sont toutes plus violentes les unes que les autres.

Chasseurs de scalps, de primes ou de bétail, aucun des hommes n’a le courage de stopper la folie meurtrière du Juge. Charismatique à souhait, intelligent, vif et cruel, il est l’antihéros qui ternit le mythe américain et transforme les tueries perpétrées au nom de l’Amérique sur les tribus indiennes en vulgaires génocides. Comparés à des rixes entre bêtes assoiffées de sang, les combats armés entre cow-boys et Indiens sont écœurants de réalisme. Décapitations, viols de toutes sortes, éviscérations et mutilations, McCarthy ne nous épargne aucun détail de cette horreur. La suggestion étant plus forte que tout, c’est avec l’estomac au bord des lèvres que l’on poursuit la lecture.

La pendaison apparaît comme la sentence la plus rapide et la moins douloureuse.

Renouant avec les mêmes démons que dans ses autres romans (on a toujours une scène où un enfant en bas âge meurt de manière horrible), le point de vue de l’enfant, protagoniste du roman, est ponctué d’images choquantes et qui le forgeront à jamais. L’Enfant qui, tout au long du livre, reste dans le giron du Juge est enfin appellé L’Homme dans le dernier chapitre, ne laissant aucun espoir quand à son destin funeste et parsemé de futurs cadavres. La dernière phrase parle d’elle même (« Il dit qu’il ne mourra jamais. »), Le Juge ayant malheureusement déteint sur l’esprit du jeune garçon. Une fin pessimiste au possible, dans la plus pure lignée de ce à quoi nous a habitué le Sudiste.

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After Hours (1985)

Ce regard résume à lui seul tout le film !

Incroyable ! C’est ce que j’ai pensé quand je me suis rendu compte que Scorsese était aussi à l’aise avec la comédie qu’il l’est avec les films de gangsters. J’ai tout simplement halluciné face à sa définition ultra réaliste de ce à quoi peut ressembler une soirée merdique. On sent l’amour du travail bien fait dans l’ensemble de ses plans (les travellings rapides sont juste époustouflants !), le mélomane dans le choix de son ambiance sonore et le New-Yorkais pur et dur sur le regard qu’il porte sur sa ville et ses petites choses du quotidien qui l’enquiquinent (le prix des tickets de métro en est un bon exemple).

Déjà blasé alors que ça n'est que le cadet de ses soucis !

D’emblée, on s’attache au sort de Paul, cherchant à échapper à la monotonie de son travail par le biais de la lecture et des rencontres. Dont une en particulier qui va lui attirer tout un tas de problèmes. En temps normal, y’a souvent des creux dans ce genre de comédie où l’espace temps est limité ainsi que le nombre de personnages. Ici, c’est kafkaïen en diable et on ne s’ennuie pas une seule seconde. La galerie de personnages est juste démente et les situations cocasses s’enchaînent le plus naturellement du monde, plongeant le pauvre hère dans un tourbillon de folie nocturne dont il ne parviendra pas à s’échapper.

Le videur Berlinois aristo SM, ça ne s'invente pas !

Car du moment où il perd son argent au tout début du film, il est contraint de rester dans le quartier de Soho, multipliant les rencontres inimaginables et les mauvaises surprises. Lessivé, trimballé d’une rue à une autre dans une ville qu’il ne reconnaît pas, Paul (incarné à la perfection par Griffin Dunne) semble tout droit sorti d’un livre de contes psychédélique, d’une fable décalée où le final est une vraie claque et nous rappelle, à grands renforts de scènes hilarantes, qu’il y a une vie après le travail, mais que cette vie peut ne pas être compatible. A choisir, je préfèrerais être un papillon de nuit dans une jungle urbaine déjantée.

La bite dans un étau ou comment survivre aux plaies de New York.

Je met très rarement la note maximale. Cette récompense ne s’obtient que si un film renoue avec des sentiments que j’ai déjà partagés, si le film me touche au plus profond de moi et si je suis persuadé que la révision sera un véritable plaisir. After Hours fait carton plein !

10/10

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Hunger Games – Gary Ross

On dirait une affiche de promo pour le prochain Red Faction.

Entre ça et Cloclo, le choix était vite fait. Ersatz de Battle Royale à qui il emprunte quasiment tout, le film s’attarde plus longuement sur la morale du jeu. Comment a-t-il pu voir le jour ? Quels sont les tenants et les aboutissants d’un tel spectacle ? Qui l’organise ? Tout ce qu’on ne voyait pas dans BR est exposé ici. Une façon très maligne de s’approprier un concept déjà exposé dans le roman de Kõshun Takami et qui est vieux de plus de 10 ans.

La parade est l'un des moments les plus ridicules du film: tout ça pour entendre deux pauvres phrases du président.

Surfant sur la vague adolescente de Twilight (on n’échappe pas au triangle amoureux), Hunger Games se démarque par son parti pris de ne pas épargner la tendre et juvénile barbaque lancée dans l’arène. Le début du jeu est une véritable boucherie, les plus faibles servant de cibles d’entraînement mouvantes aux plus endurcis. Les moments de bravoure sont rares et mieux vaut savoir courir si l’on est pas sûr de ses compétences. L’instinct de survie et l’animalité de chaque joueur sont mis à rude épreuve. Mais négliger l’aspect survival d’un tel concept, c’est foirer toute l’essence même de l’œuvre. Alors qu’on était en droit de s’attendre à un film cruel, mettant en avant nos plus bas instincts et nos plus souterraines envies, ça reste mignon tout plein (le baiser, les geais moqueurs,…) et ça alourdit le film de temps morts qui font relâcher la pression.

On aurait pu rajouter un peu de sauce Délivrance dans tout ça. Y'avait déjà l'arc...

Les bons sentiments mis à part, il ne reste pas grand chose de la formule proposée aux spectateurs les plus aguerris, venant chercher un dépassement de soi. Pour ceux qui cherchent une nouvelle saga après la clôture des Harry Potter, ils pourront se tourner vers celle-ci, qui n’oublie personne dans sa sphère (les petits comme les grands ont droit à leur propre lecture du film). On pourra juste s’étonner qu’un tel engouement pour des choses déjà vues puisse naître et donner lieu à des adaptations mineures dans le paysage cinématographique, alors que d’autres romans se prêteraient parfaitement à l’exercice.

6,5/10

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Target – McG

Bon ok là j'avoue qu'on est en droit de se demander ce qu'elle leur trouve !

Target, c’est un peu un Night & Day en mieux. Du coup, ça reste un moment agréable à passer en salles. Bien que les triangles amoureux ne soient pas mon fort au cinéma (sauf celui de Two Lovers…), il faut avouer que McG réussit le pari de ne jamais nous ennuyer et baigne son film dans un climat propice à l’action comique (la scène du paintball). L’action est loin d’être illisible et ça fait du bien de revoir un découpage pas trop foutraque (même si la caméra tremble un peu). Alors, quoi lui reprocher ?

- "Bouge pas, Jack. J'ai peut être une tête de con sur l'affiche mais c'est rien comparé à la tienne dans 5 minutes..."

Et bien justement le fait que ça n’apporte absolument pas d’eau au moulin hollywoodien. Du déjà vu qui coûte un sacré paquet de pognon et qui, même s’il rapportera très certainement au box office, déçoit par la platitude de son originalité. Il paraît que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. McG a donc été recherché tout ce qui a fait le succès de ses Charlie et ses drôles de dames et remet le couvert, version mâle. Alors certes ça fonctionne à merveille mais j’ai trouvé ça petit comme procédé.

Jamais l'idée d'un triolisme ne leur passe par l'esprit. Qu'ils sont pudiques ces Américains !

Le gros point positif est bien entendu Reese Whiterspoon (je donne mon avis de spectateur masculin), charmante à outrance et fantasmatique en femme du XXIème siècle. Le gros point noir est aussi Reese Whiterspoon car sa présence donne lieu à des scènes gnian-gnian qui gâche le sel comique du couple d’acteur Pine/Hardy (non, c’est pas un jeu de mots, c’est leurs vrais noms…). La bromance entre ces deux là lorgne du côté de L’arme fatale pour le meilleur et pour le rire.

- "Si jamais ça devient chaud entre nous, j'aimerais que tu fasses la femme."
- "Ok mais on joue ça à pile ou face: pile, je fais l'homme et face, tu fais la femme."

Le film se situe donc à mi-chemin entre le blockbuster blindé de clichés et le buddy movie attendrissant. Au vu de la bande annonce, je m’attendais à pire mais y’a tout de même pas de quoi se réveiller la nuit.

6/10

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