Les monades urbaines – Robert Silverberg (1970)

Un bijou d'architecture, un mode de vie inimaginable.

Imaginez un monde vertical. Un monde où vous êtes confiné dans une tour de 1000 étages et où l’envie d’en sortir serait perçue comme une anomalie de l’être humain. Robert Silverberg joue avec l’un des thèmes chers à la science-fiction (la surpopulation) afin de mieux le détourner. Dans les monades urbaines, vivre sa vie pleinement est une litote. Les gens sont cloisonnés, vivent les uns sur les autres, partagent des appartements. Cette tour de mille étages, censée être une solution miracle à la surpopulation, ressemble au fil de la lecture à une véritable prison de verre. Faisant écho immédiatement au 1984 lu précédemment, je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver de nouveau un reflet de la société.

Le chapitre 6 est le seul à nous donner une description du monde extérieur assez...pessimiste.

Le monde créé par l’écrivain apparaît comme idéal à une époque où l’ère hippie bat son plein. Dans le roman, les personnages font étalages de débauches et d’usages de psychotropes de toutes sortes. Mais ce qui semble marginal pour nous aujourd’hui est tout à fait normal pour ces Monadiaux. L’intimité s’est envolée, laissant la place à une ouverture d’esprit disproportionnée. Les couples s’échangent en toute liberté, la discrétion est considérée comme primitive et la population est de plus en plus jeune. 85 000 000 d’habitants dans une monade. Plus d’une centaine de naissances par jour pour très peu de décès. La verticalité des appartements leur permet de procréer encore, et encore, et encore… L’acte sexuel est dénaturé, remplacé par une sorte de gymnastique nocturne quasi-obligatoire.

La tour de Babel est une excellente représentation de ce à quoi ressemblerait une monade urbaine.

Silverberg, terriblement pessimiste, imagine plus que le phénomène de surpopulation pour expliquer l’existence des monades. Le monde extérieur est dévasté par des catastrophes climatiques qui empêche toute vie sur Terre. Mais au fur et à mesure, on comprend que c’est un peu plus compliqué que ça. Cette verticalité permet également d’asseoir le pouvoir des dirigeants des monades. Situé aux vingts derniers étages (du 980 au 1000ème), la caste supérieure. Les monades sont divisés en cités, elles même divisés en étages. Ainsi les 20 premiers étages représentent les bas-fonds de la monade, là où ceux qui ne savent pas correctement s’adapter passent le reste de leurs vies, dans des appartement miteux et étriqués. Et ainsi de suite. Chaque cité porte le nom d’une ville qui était plus ou moins importante dans l’ancien temps. Rezjavik, par exemple, est l’ultime opposé de Paris ou Tolède. Cette division intelligente des étages permet à l’écrivain de rebondir sur les besoins architecturaux du XXème siècle.

La Chine, berceau de la verticalité ?

Dans les années 70, le besoin de s’étendre est omniprésent mais la place manque. La construction des plus immenses grattes-ciels débute, permettant au récit de Robert Silverberg de rebondir sur l’actualité et l’urgence de chercher une autre solution. L’écrivain propose une manière radicale d’entrevoir l’avenir de l’humanité et, même si elle peut apparaître comme futuriste et fantasmagorique, tend à se rapprocher de plus en plus de la réalité. Un bijou d’anticipation qui, même s’il fait froid dans le dos, ne peut s’empêcher d’émerveiller le lecteur.

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