La taupe – Tomas Alfredson

La malette du parfait petit espion contient le strict minimum...dont les 3/4 peuvent servir à torturer.

John Le Carré adore nous faire tourner en rond. Ça n’est pas l’adaptation du premier opus de sa trilogie Smiley qui va me faire dire le contraire. Personnellement, je n’ai lu que L’espion qui venait du froid – son plus illustre roman d’espionnage – et il fallait déjà un minimum d’attention pour réussir à se plonger dedans tant ça fourmille de détails chez l’écrivain. Ancien agent secret, personne n’égale Le Carré en terme de réalisme et de descriptions. Propice au complot et aux suspicions, le climat de la guerre froide sert d’excellente toile de fond. Toile de fond habilement retranscrite par des décors foisonnants de détails. De l’imperméable aux tableaux, en passant par les véhicules et le grain de la pellicule, on a l’impression d’assister à un véritable documentaire sur le Cirque, siège des services secrets de sa Majesté.

"Putain, il est compliqué ce scénario ! Je sais même plus ce que j'fous ici !"

Exit le côté playboy et bling-bling de James Bond. Ici, les agents secrets sont tous bedonnants et la moyenne d’âge se situe entre 50 et 70 ans. Rescapés de guerre ou anciens prisonniers politiques, chacun apporte à sa manière sa touche et son talent à l’interception du moindre renseignement susceptible de faire fondre la glace entre l’Est et l’Ouest et, ainsi, d’éviter une troisième guerre mondiale. Pas de cascades impressionnantes, de bastons chorégraphiées, de courses poursuites. Les 95% du film montrent des gonzes en train d’écouter des bandes d’enregistrements, de regarder des vidéos au ralenti, de prendre rendez-vous avec des mecs mystérieux et patibulaires. Mais l’action ne pointe jamais le bout de son nez. L’ambiance est sombre, la menace insidieuse et l’ennui pourrait poindre son nez si le talent d’Alfredson ne relançait pas la machine. La mise en scène est prodigieuse ! C’est si bien filmé que même lorsqu’il ne se passe rien, on a l’impression d’assister à quelque chose de grand. Il fallait au moins ça pour garder éveillé le spectateur qui, s’il ne suit pas la moindre image du film, perd totalement le fil et les enjeux de l’intrigue.

Le charter était déjà d'actualité à l'époque...

Tout est sous-entendu par de brèves images silencieuses. A chacun de se faire son propre avis. Certes, ceux qui auront lu le livre partiront avec une longueur d’avance mais l’esprit de chaque spectateur peut s’imprimer sur la bobine pour en faire un film aux multiples lectures. Ça voyage, ça discute peu mais ça se regarde beaucoup, de ces regards qui en disent long. La galerie de personnages s’étoffe au fur et à mesure et si vous loupez ne serait-ce qu’un prénom, vous ne vous en sortirez pas. Mais le génie d’écriture de Le Carré fait que l’on peut tout de même faire semblant d’avoir compris à la fin car ses dénouements lâchent une bonne partie de la réponse et permettent ainsi aux moins intelligents (ouais c’est comme ça !) de comprendre l’issue de l’intrigue. Mais les plus attentifs verront un tout autre film que les autres et seront récompensés par une fierté inégalable, celle d’avoir eu l’impression de résoudre l’enquête à la place de George Smiley.

"Mon boulot, c'est de ne piper mot à personne."

Vous l’aurez donc compris, on est loin du spectacle bigger than life que l’on a l’habitude de voir lorsqu’il s’agit d’agents secrets. Aussi loin que le résultat automatique de Google qui me disait que je vouloir voir René la taupe lorsque je cherchais les images ci-dessus. Un premier film qui en amènera d’autres qui, je l’espère, seront tout aussi fidèles à l’esprit de l’écrivain et du conflit qu’il n’a de cesse de dénoncer.

9/10

Publicités
Tagué , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :