Archives Mensuelles: février 2012

Le territoire des loups – Joe Carnahan

Le titre original donne bien plus envie que la traduction française DTVesque...

Ne vous fiez pas à la bande annonce qui promet un actionner montagnard, The Grey est tout autre chose. Le film est une expérience bien plus différent que ça et ce serait réduire à néant l’ambition de Joe Carnahan que de mal vendre son produit. Liam Neeson a beau être bankable en ersatz de Jason Bourne (Taken et Sans identité ne me contrediront pas), ce rôle lui permet de briller de nouveau par sa prestance et son leadership. Survival à part entière, le film ne se contente pas de mettre ses protagonistes dans une situation complexe où la survie est primordiale et où aucune règle ne fait loi. Jusqu’au dénouement, il est et restera un film profondément humain aux sous textes intensément enracinés dans le scénario comme la remise en question de notre supériorité face à la nature, l’entraide face à l’inconnu, la foi et l’espoir.

The Dark Knight Rises va-t-il rivaliser niveau sensation en terme de crash aérien ? Wait & see !

Carnahan nous offre un sacré lot de sang, de sueur et de larmes. A commencer par un crash aérien filmé de main de maître. On a l’impression d’y assister réellement et d’être projeté nous même à 600 km/h vers le sol ! Mais les idées de mise en scène ne s’arrêtent pas là. L’ensemble de la bobine contient des images fortes, qui resteront à jamais ancrées dans l’esprit du spectateur (l’empreinte qui rougit, le souffle chaud des loups,…). Tout un éventail de visions qui transforment un simple actionner en survival spirituel, chaque personnage, déclinant sous la menace carnassière, donnant à la force de la nature et à ses représentants un argument supplémentaire à la démonstration de sa supériorité.

Vas-y, mec ! Rends-moi mon briquet ! J'me les gèle !"

Leur périple ressemble donc plus à un pèlerinage qu’à un chemin de croix, même si la tension reste constante tout au long du film. La menace est réelle, visuelle et sonore. L’ambiance est sombre et sinistre et chacun devra chercher la lueur d’espoir qui lui permettra d’avancer et de repousser les masses ténébreuses à la fourrure dense. Des moments de bravoure sont au rendez-vous (l’arbre) et chaque homme révèle son potentiel de survie, mais surtout sa capacité à vouloir continuer à se battre pour continuer à vivre qui, même si elle est misérable, mérite d’être pleinement vécu. Un message humaniste pour un film qui aborde un thème écologique de manière surprenante: en une phrase, la cupidité des compagnies pétrolières est mise en avant d’une manière aussi atroce qu’elle est vraie. Un film d’une intensité rare !

9,5/10

En cadeau, le thème qui a fait vibrer d’émotion la salle toute entière !

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Polisse (2011)

Marre de l'affiche qu'on voit partout !!!

Vu l’engouement autour de ce film, je me devais d’y jeter un oeil. D’emblée, on rentre dans le vif du sujet. Pas de fioritures, que du concret. Le film démarre sur l’interrogatoire d’une fillette, abusée sexuellement par un parent. Cette première scène donne le ton d’une œuvre qui ne cessera de jouer entre le réalisme des situations et la fiction des vies privées de ses protagonistes, le tout créant un monde en vase clos, où chaque policier voit dans son collègue un membre de sa famille à part entière: la famille de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs).

Joey Starr fait preuve d'une présence et d'un charisme exceptionnel.

Le cynisme des policiers est omniprésent dans les dialogues, cynisme dont le point d’orgue se retrouve dans une scène où la nervosité prend le pas sur le sang-froid et où les policiers se moquent d’une jeune fille victime d’un vol. Maïwenn étale sur la pellicule les forces et les faiblesses des membres de cette équipe hétérogène avec un talent dont je ne l’aurais pas cru capable, son cinéma vérité prenant toute son ampleur lorsqu’il traite d’un tel sujet. Un très bon cru made in France qui n’a pas volé sa statuette et ses nominations aux Césars.

8,5/10

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Phantom of the Paradise (1974)

Les opéras rock de Kamel Ouali peuvent aller se rhabiller !

De Palma a tâté un petit peu du fantastique avant de percer dans le film noir et s’installer comme le digne héritier d’Alfred Hitchcock. Ce qui n’est pas désagréable à regarder. Même si l’aspect foutraque et comique du scénario n’aurait pas déplu à Terry Gilliam, le réalisateur montre déjà un talent tout particulier à la mise en scène: split-screens, plans séquences, 360°,… Tout ce qui fait le sel de la filmographie du maestro est déjà présente à l’écran. Le voyeurisme dont il aime faire preuve (son paroxysme étant atteint dans Body Double) prend toute sa signification dans cette histoire de musicien maudit hantant les coulisses du Paradise.

"C'est bien ici la Savoyarde avec la grande bouteille de Coca ?"

Le kitsch est totalement assumé et est même un personnage à part entière. Le décor dans son ensemble permet à la pop culture d’insuffler son rythme à l’image. Mélange de Faust rock’n roll et de Fantôme de l’opéra moderne, nombreux sont les éléments repris dans la littérature, la musique ou le cinéma et qui, plus tard, seront eux mêmes repris par d’autres. De Palma signe avec son Phantom son film le plus original, détonnant complètement avec le reste de son œuvre dans son intégralité.

7,5/10

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I love you Phillip Morris (2009)

...ou comment casser l'image de beau gosse hétéro d'Ewan McGregor !

Les DVD Europa, c’est juste horrible le nombre de bandes annonces de films produit par Luc Besson qu’on est obligés de se coltiner avant l’arrivée du menu. Au moins 4 sur 5 ont l’air d’être des purges qui plus est. Enfin, le film présent sur la galette avait de quoi me faire oublier tout ça. Décapant d’humour noir, rafraîchissant tant sur le ton que sur la forme, cet ersatz d’Arrête moi si tu peux version gay fait vraiment plaisir à voir. McGregor se voit affublé du second rôle tant il est effacé par le génie comique et dramatique de Jim Carrey, hors norme et impayable en escroc homosexuel dont la libido n’a d’égal que son besoin de voler dans les plumes du politiquement correct. Une très bonne surprise !

7,5/10

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Chronicle – Josh Trank

Un beau doigt d'honneur à tous les films de super héros !

Le principe de la caméra embarquée fait des émules depuis que Balaguerò et Plaza l’ont remis au goût du jour avec leur Rec, améliorant un concept déjà présent dans le célèbre Projet Blair Witch. Mais Chronicle penche plutôt du côté de Cloverfield, mettant en scène un trio de jeunes branleurs aux intentions plus ou moins louables. Exit la manière dont ils se retrouvent dotés de super-pouvoirs, le film s’attarde beaucoup plus sur la psychologie des personnages (dont un en particulier) en mettant en exergue cette problématique simple mais efficace: que ferions-nous si nous étions un super-héros ?

- "Mate ça mec ! T'as vu comment j'ai chopé le réal ?" - "La classe ! Vas-y, menace-le de le balancer dans le vide s'il augmente pas notre cachet."

Le thème abordé permet au réalisateur de faire de véritables prouesses avec sa caméra, même si après avoir vu Enter The Void, plus rien ne m’étonne. Tout le film est donc structuré par des plans séquences plus ou moins longs qui permettent au public de s’investir dans le film et au scénariste de s’affranchir de certaines règles d’écriture. Les trois jeunes acteurs principaux sont donc – à l’instar du Godzilla-like de Matt Reeves, obligés de jouer tout ne donnant l’impression d’être naturels. Et même si on ressent de l’improvisation à certains moments, on est assez loin des exercices précédents, les personnages n’oubliant que très peu qu’ils sont filmés quasi en permanence par Andrew qui cherche à garder une trace de ce dont ils sont capables.

Le final est dantesque et l'immersion se veut complète.

Piochant allégrement chez leurs prédécesseurs – Superman en tête – le développement du personnage d’Andrew va chercher également du côté du manga. Sous des faux airs d’Akira, la dernière partie du film montre un jeune homme ambitieux développer son don de manière exponentielle jusqu’à devenir terriblement dangereux et ainsi, nous offrir un spectacle hallucinant d’effets spéciaux parfaitement maîtrisés. Seule la toute fin (le plan séquence final) est à déplorer, bâclée et bien en deçà de ce que le réalisateur nous avait offert jusqu’alors. Chronicle reste tout de même dans le haut du panier, améliorant le concept jusqu’à justifier son utilisation.

8,5/10

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